Novethic vous propose de revenir sur les actualités majeures qui ont rythmé la première moitié de l’année 2017. Aujourd’hui, revenons sur la finance durable. Plusieurs groupes d’experts se sont formés au niveau international, européen et français. Paris veut ainsi devenir la place de la finance verte et organisera un sommet sur la finance et le climat en décembre prochain.
Ce début d’année a marqué un tournant pour la finance durable, avec plusieurs rapports décisifs publiés ou attendus. "La graine est semée", estime Anne-Catherine Husson-Traore, la directrice générale de Novethic. Et Paris entend bien se positionner pour devenir LA place de la finance verte.
La publication du rapport final de la TCFD, la Task Force on Climate-related Financial Disclosures fin juin en est l’un des évènements les plus symboliques. La TCFD, présidée par Michael Bloomberg, avait été mise en place lors de la COP21 par le conseil de stabilité financière (FSB) du G20. Leur objectif était clair : simplifier et harmoniser les données climat publiées par les entreprises pour aider les investisseurs à mieux appréhender les risques et opportunités liés au changement climatique.
Les 32 experts internationaux recommandent ainsi aux entreprises de publier dans leur rapport financier 11 éléments de transparence selon 4 axes : gouvernance, stratégie, gestion des risques, indicateurs & objectifs. "Ces informations sont à intégrer au sein des rapports financiers des sociétés et non dans un rapport Développement Durable distinct, comme c’était le cas dans les référentiels précédents. Elles visent à aider les acteurs du monde financier (banques, assurances, propriétaires et gestionnaires d’actifs) à mieux évaluer dans quelle mesure les entreprises avec lesquelles ils sont en relation sont préparées aux évolutions liées au changement climatique" explique Éric Dugelay, directeur global des services durables chez Deloitte et membre du groupe d’experts, dans un post publié le 13 juillet.
Les recommandations présentées aux dirigeants du G20 à Hambourg début juillet, n’ont pas été adoptées, en raison de l’opposition de Donald Trump sur le sujet. Mais elles ont été mentionnées dans le communiqué final sur le changement climatique. Par ailleurs, plus d’une centaine de patrons et d’investisseurs à travers la planète – gérant des actifs de 25 000 milliards de dollars – ont publiquement soutenu ce cadre. Et plus récemment, le Sustainable Insurance Forum, qui regroupe des régulateurs du secteur assurantiel de 15 pays, dont la France, a également pris position en faveur du rapport de la TCFD.
Le HLEG étude une version européenne de l’article 173
De son côté, le High Level Expert Group (HLEG), lancé par la Commission européenne en octobre dernier, regroupe 20 experts du secteur financier, de la société civile, d’ONG et du domaine académique, dont Anne-Catherine Husson-Traore, la directrice de Novethic. Il a remis son rapport préliminaire le 13 juillet, le rapport final étant attendu pour la fin de l’année, après des échanges avec les banques, assureurs, fonds de pensions, places financières, sociétés de gestion…
Parmi ses recommandations, on trouve la mise en place à l’échelle européenne d’un mécanisme comparable à l’article 173 de la récente loi française de transition énergétique, l’élaboration d’un "test de durabilité" pour la législation financière de l’UE ou encore l’établissement d’une norme et d’un label européens pour les obligations vertes.
L’objectif est de "développer une place financière qui prenne en compte les critères de durabilité et qui contribue notamment à la lutte contre le changement climatique afin d’atteindre les objectifs environnementaux et sociaux de l’Union européenne", résumait Philippe Zaouati, DG de Mirova et membre du HLEG, lors d’une conférence de presse début juin.
La France aux avant-postes avec l’initiative "Finance for tomorrow"
Enfin, Paris se positionne aussi sur le sujet avec comme ambition de devenir la place de la finance verte. L’initiative Finance for Tomorrow, qui rassemble une quarantaine de membres dont les principales associations de place (AFG, FBF, FFA…) et Novethic, s’inscrit dans cette logique. Lancée le 13 juin dernier, elle vise à réunir sous une même bannière tous les acteurs français de l’économie responsable afin de réorienter massivement les flux financiers vers une économie bas carbone et inclusive.
"Ce thème [de la finance verte] a pris beaucoup d’importance lors de la COP21. L’une des raisons de la réussite de la conférence de Paris sur le climat, c’est que les acteurs des affaires et de la finance se sont réellement impliqués. Ils ont réalisé que le coût de l’inaction était supérieur au coût de l’action", expliquait Ségolène Royal, ambassadrice de l’initiative, dans une interview aux Échos le mercredi 14 juin.
La France, avec son cadre législatif et réglementaire (Grenelle 2, bilans GES, reporting RSE, article 173 de la loi de transition énergétique) a déjà pris une longueur d’avance en matière de transparence et de reporting climatiques. Le nouveau gouvernement entend poursuivre sur la même voie. Le plan climat de Nicolas Hulot, dévoilé le 6 juillet, promeut ainsi la finance verte. Et Emmanuel Macron a annoncé, lors du G20, la tenue d’un sommet sur la finance et le climat le 12 décembre 2017. Deux ans tout juste après la COP21. Reste à espérer qu’il connaîtra le même succès.
Concepcion Alvarez @conce1