Le World Forum for a responsible economy se tient jusqu’à jeudi soir 19 octobre à Lille. Cette onzième édition est placée sous le signe de la "révolution responsable" mais aussi de la révolution digitale avec l’émergence de l’intelligence artificielle. Philippe Vasseur est le fondateur et le président de l’évènement. Il revient sur les enjeux majeurs de ces révolutions et sur les leviers d’action que le World Forum entend proposer dans une recommandation finale.
Novethic. Le World Forum a cette année pour thème la révolution responsable. Révolution est un mot à la mode, mais quels sont les moyens d’y parvenir ?
Philippe Vasseur. Je crois à la preuve par l’exemple. C’est ce que nous essayons de montrer depuis 11 ans avec le World Forum for a Responsible Economy, en montrant des cas d’entreprises qui réussissent à concilier impact et rentabilité à travers le monde, notamment dans des pays qui ne sont pas sur le devant de la scène mais où il y a des initiatives formidables, comme en Afrique. C’est comme cela que l’on convainc les entreprises de s’engager. Je crois aussi à l’expérimentation et au territoire, qui est un espace particulièrement adapté pour développer des synergies, des filières. C’est ce que nous essayons de faire dans les Hauts de France avec la troisième révolution industrielle. Notre expérience essaime aujourd’hui en Europe. Et bien sûr il y a l’innovation sociale autant que technologique.
Justement la révolution digitale, notamment avec l’intelligence artificielle (IA), est en cours. A quelles conditions peut-elle servir la révolution responsable ?
Il y a trois sujets qui me paraissent majeurs. Le premier est l’éthique. Prenons l’exemple des drones militaires. Pour l’instant, les armées expliquent qu’il y a toujours un homme derrière une décision de tir de la part du drone mais il n’y a aucune barrière technologique aujourd’hui pour qu’un drone tueur soit autonome. Cela pose d’énormes questions : jusqu’où l’IA va-t-elle aller, comment se doter de codes éthiques, quelle est la responsabilité des Etats qui sont derrière mais aussi des entreprises qui les fabriquent ?
Autre sujet, celui du rapport travailleur/robot. Le secteur bancaire par exemple est extrêmement touché. Récemment UBS a annoncé qu’elle pourrait supprimer 30 000 emplois dans les années à venir en raison des avancées technologiques dont l’intelligence artificielle pour la gestion de placements par exemple. Bien sûr de l’autre côté, il y aura des créations d’emplois. Mais cela compensera-t-il ? La question à se poser est comment peut-on organiser nos entreprises, créer de nouveaux systèmes politiques, économiques et démocratiques pour que l’IA bénéficie à la société ?
Enfin, il y a la question de la répartition de la richesse issue de cette valeur ajoutée… Quand on voit la capitalisation boursière des entreprises du numérique comme google ou Amazon on se dit que cette nouvelle économie qui pourrait être extrêmement redistributive pourrait aussi ne bénéficier qu’à un petit nombre…
Pour la première fois, le World Forum va donner lieu à une recommandation finale. Que va-t-on y trouver ?
Nous avons pour l’instant 12 thèmes, il y en aura peut-être plus d’ici jeudi car les participants (5 000 environ, NDLR) sont invités à s’exprimer pendant le forum. Je tiens notamment à deux pistes qui me semblent être de puissants leviers pour l’économie responsable. La première concerne la commande publique, avec la mise en place de critères RSE dans les appels d’offres des marchés publics. Cela peut être mis en place très rapidement par les collectivités. C’était serait un coup de butoir considérable pour développer l’économie responsable et locale mais aussi pour la prise de conscience, des entreprises comme des citoyens !
Autre levier, celui de l’incitation fiscale pour les entreprises et/ou produits responsables. Ces pistes seront sans doute critiquées au nom d’une certaine orthodoxie, comme le sont toutes les clauses dérangeantes mais nous mettons sur la table des propositions concrètes pour les politiques, les acteurs de l’économie et la société dans son ensemble…à eux de s’en saisir !
Propos recueillis par Béatrice Heraud @beatriceheraud , à Lille