« Nous sommes à l’orée d’un nouveau monde financier », Yannick Glémarec (Nations unies)

BNP PAribas développe des nouveaux modèles financiers en Indonésie pour lutter contre la déforestation.
BNP PAribas développe des nouveaux modèles financiers en Indonésie pour lutter contre la déforestation.
Faire de la finance un levier pour atteindre l’objectif de 2°C. C’était tout l’enjeu de la séquence sur la finance climat à Paris, en particulier du Climate Finance Day et du One Planet Summit, qui s’est achevée le 13 décembre. Yannick Glémarec, expert onusien, assure qu’un nouveau modèle de la finance est en train d’émerger.
Un tournant. C’est bien de cela qu’il s’agissait lors de la semaine consacrée à la finance climat, deux ans  après l’adoption de l’Accord de Paris. Parmi les personnalités à avoir fait le déplacement dans la capitale parisienne, Yannick Glémarec, sous-secrétaire général des Nations unies, directeur Exécutif adjoint de ONU Femmes, et co-président d’un groupe de travail onusien sur l’impact investing (1). 


"Après trente ans de carrière, je peux dire que nous sommes à l’orée d’un nouveau monde financier, aussi bien en termes de projets d’investissement que de façon de les financer", explique ce climatologue de formation. "Nous allons désormais au-delà de la finance d’impact, nous repensons les modèles d’investissement pour financer des infrastructures de façon compatible avec les nouveaux scénarios" sur le climat.


Refonte du modèle de la finance


Parmi les instruments de financement innovants, présentés lors du One Planet Summit, il y a par exemple le Tropical Landscapes Financing Facility (TLFF), piloté notamment par BNP Paribas en Indonésie. Le principe est de prêter de l’argent à long terme (10 ans) à des taux relativement bas (autour de 6 %) pour des projets d’énergies renouvelables ou de plantations de palmiers à huile responsables. 


"BNP Paribas va délivrer des emprunts sur 10 ans à faible coût et, au bout de 3 ans, la banque pourra titriser ces prêts à long terme et essayer de les vendre sur le marché en démontrant qu’ils sont non seulement rentables mais qu’ils ont en plus un impact positif sur la planète. Pour BNP Paribas, le retour sur investissement se fera sur la titrisation", explique Yannick Glémarec. 
"Sa principale motivation est une refonte du modèle de la finance suite à la crise de 2008 et aux nouvelles recommandations climatiques. Il est très dangereux de penser que la finance d’aujourd’hui sera la même dans 25 ans, car ceux qui ne prendront pas le tournant se retrouveront sur le bas", alerte l’expert. Au total, 10 milliards de dollars seront mobiliser d’ici 2025 dans le cadre de cette initiative pour financer des projets ayant un impact positif. 


Les ODD, la nouvelle grille de lecture


Autre instrument de la finance de demain, Unite Life, un système de paiement qui va permettre d’arrondir ses paiements auprès des entreprises partenaires pour financer des programmes qui s’inscrivent dans les ODD (Objectifs de développement durable) fixés en 2015. "Il y a 5 000 milliards de dollars de paiement électroniques par an, une petite fraction de cette somme pourrait permettre de résoudre de nombreux problèmes, estime Yannick Glémarec.
"Les ODD doivent servir de grille de lecture car pour la première fois la planète s’est dotée d’un plan global de développement, d’une ampleur inégalée en terme de norme internationale depuis la charte des Nations Unies de 1945, poursuit-il. Nous n’avons qu’une seule planète et pas de plan B. Les entreprises, la finance, les citoyens, les Etats, nous devons tous nous aligner sur ces objectifs", conclut le secrétaire onusien.


Concepcion Alvarez @conce1


(1) Propos recueillis lors d’une rencontre organisée par le RAIR (Réseau d’Administrateurs pour l’Investissement Responsable) au siège de l’Ircantec lundi 11 décembre.


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