Mort d’Edmond Maire : du syndicalisme à la finance solidaire

Edmond Maire, ancien secrétaire général de la CFTC, voulait inscrire la finance solidaire dans l'économie réelle - DR
Edmond Maire, ancien secrétaire général de la CFTC, voulait inscrire la finance solidaire dans l'économie réelle – DR

[Mis à jour le 2 octobre 2017] La disparation d’Edmond Maire, ancien secrétaire général de la CFDT, émeut la centrale syndicale et une partie du paysage politique. Mais l’homme a eu bien d’autres rôles. Il fut également un des promoteurs de la finance solidaire en France, en particulier par son passage à la tête de la Société d’Investissement France Active (SIFA). 

Dimanche 1er octobre, Edmond Maire, 86 ans, est décédé. Il est surtout connu pour avoir été le dirigeant emblématique de la CFDT de 1971 à 1988. À l’origine de la création de l’organisation en 1964 après la scission avec la CFTC, il sera l’artisan d’un recentrage réformiste. Mais Edmond Maire, proche de Michel Rocard, n’a pas eu qu’une vie. Après avoir quitté la présidence de la CFDT, il deviendra une figure emblématique de l’économie solidaire. "C’est un pionnier. Il est incontournable dans le monde de l’économie solidaire et responsable", assure Patrice Garnier, son ancien conseil politique et actuel président de la SIFA.



En 1989, il prend la direction de l’association Villages-Vacances-Familles (VVF), acteur majeur du tourisme associatif. L’homme veut rejeter toute ségrégation sociale sur les congés. "À la surprise de certains observateurs, l’ancien dirigeant syndical se mua sans état d’âme en patron bien décidé à engager une mutation profonde de cette association, numéro un du tourisme familial en France et en Europe, mais dont l’avenir était à terme menacé par une prise en compte insuffisante de la concurrence économique et des évolutions culturelles", explique Georgi Frank, maître de conférences à l’Université Paris 1 au Centre d’histoire.
Un réseau au service de la finance solidaire
En 1999, l’homme endosse une nouvelle casquette, celle de la finance responsable. Il devient président de la Société d’Investissement France Active (SIFA), rôle qu’il occupera jusqu’en 2012. Il s’agit d’un "réseau de proximité qui aide les personnes en difficultés à créer une entreprise ou à trouver un emploi, se décrit la SIFA. France Active donne aux entrepreneurs engagés les moyens d’agir sur leur territoire. Elle les accompagne dans leurs problématiques financières, met à leur disposition les financements les plus adaptés".
Durant sa présidence, Edmond Maire usera "de son carnet d’adresses et de sa notoriété pour convaincre des grandes entreprises d’apporter leur soutien financier à sa société d’investissement solidaire, société de capital risque", décrit Georgi Frank. En 2015, SIFA présentait un beau bilan : "Plus de 35 000 emplois créés ou sauvegardés, 7000 entreprises accompagnées et 244 millions d’euros mobilisés".
Dans un communiqué, la CFDT salue son ancien secrétaire général : "Edmond Maire fut un immense syndicaliste et un penseur essentiel de la transformation sociale et du rôle des acteurs sociaux dans la démocratie (…) Ses combats pour l’émancipation individuelle et collective, pour la justice sociale, pour la démocratie en France, en Europe et dans le monde ont structuré son engagement syndical puis les responsabilités qu’il a ensuite exercées". Muriel Pénicaud, ministre du travail est du dialogue social, évoque un homme qui "a transformé et inspiré le dialogue social"



Selon plusieurs proches, Edmond Maire avant une approche propre de l’économie solidaire. Alors que certains priorisent une approche philanthropique auprès des pauvres et des délaissés du système, "lui avait la volonté d’ancrer la finance solidaire dans l’économie réelle. Il souhaitait que son impact principal soit sur la création d’emplois", se rappelle Patrice Garnier. 
Ludovic Dupin, @LudovicDupin

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