L’audition publique organisée à Bruxelles autour du rapport sur la finance durable du groupe d’experts européens a permis d’interpeller le secteur financier sur l’impérative nécessité de changer de modèles pour limiter les dégâts environnementaux et sociaux et financer la transition vers une économie européenne bas-carbone et inclusive.
Le mardi 18 juillet 2017, à Bruxelles, dans le bâtiment Charlemagne de la Commission Européenne, a soufflé un vent décoiffant, celui de la finance durable. Imaginez Bianca Jagger, présidente de sa fondation pour les droits de l’homme, expliquer d’une voix ferme à un parterre de financiers que la neutralité des marchés n’existe pas et que les pratiques court-termistes de la finance actuelle entraînent des ravages environnementaux et sociaux.
Imaginez un docte économiste anglais, John Kay, leur dire, sur le même ton, que les marchés financiers sont beaucoup plus une partie du problème qu’une partie de la solution. Le tout sous les applaudissements de plus de 400 personnes venues, en plein été, assister à l’audition publique autour du rapport du groupe d’experts européens sur la finance durable. Elles ont aussi entendu Hans Bruyninckx, le directeur de l’agence environnementale européenne, dresser le tableau d’un modèle européen insoutenable dans les secteurs de l’énergie, de l’alimentation et de l’agriculture.
"Nous n’avons pas le choix"
Bien sûr, les conclusions des porte-paroles des ministères des Finances allemand et français en fin de journée, ont rappelé au public les réalités politiques et juridiques du moment. Ils ont témoigné du fait que gouvernements et financiers ont encore un long chemin à parcourir pour accélérer le mouvement et faire de la finance européenne l’élément déclencheur d’une transition vers une économie bas-carbone et inclusive. La résistance à ce grand vent de transformation de nombreux métiers financiers est encore extrêmement forte… Mais la graine est semée ! À l’image des déclarations de William Nagel, directeur des risques de la banque néerlandaise ING : "Cela ne soulève pas notre enthousiasme mais nous n’avons pas le choix. La finance durable doit devenir la pratique dominante."
La publication du rapport d’étape du groupe d’experts lancé fin 2016 par la Direction des marchés financiers de la Commission Européenne, est donc plutôt bien accueillie. L’effet finance durable va bien au-delà des espérances initiales de l’aveu même de ses promoteurs. En attendant les recommandations plus précises que le groupe d’experts doit publier en fin d’année, un questionnaire a été mis en ligne pour recueillir, d’ici le 6 septembre, réactions et commentaires sur les premières pistes ouvertes par le rapport d’étape. L’analyse des réponses permettra de mesurer jusqu’où ont soufflé les vents favorables à la finance durable qui se sont levés le 18 juillet à Bruxelles.
Anne-Catherine Husson-Traore, Directrice générale de Novethic, @AC_HT_