Boycott contre Israël : « Plus on en parle à l’étranger, moins c’est efficace »

Manifestation à Londres, le 2 août 2014, d'activistes pro-palestiniens appelant au boycott d'Israël - © Terry Scott / Citizenside / AFP
Manifestation à Londres, le 2 août 2014, d'activistes pro-palestiniens appelant au boycott d'Israël – © Terry Scott / Citizenside / AFP

L’intervention militaire israélienne a Gaza a relancé la campagne BDS – Boycott, désinvestissement, sanctions – en Europe. Le mouvement organise quotiennement des opérations chocs pour tenter de convaincre le public de ne plus consommer de produits israéliens. Pour Jacques Bendelac, économiste et chercheur en sciences sociales, ces actions ne peuvent pas contraindre le gouvernement israélien à rouvrir des négociations avec l’Autorité palestinienne.

La question du boycott à l’étranger des produits israéliens est-il une source de préoccupation pour le gouvernement israélien?
Jacques Bendelac : Pas vraiment. Ces boycotts n’ont jamais pesé sur l’économie israélienne. Il n’ont jamais eu d’emprise ou de conséquences directes. C’est une menace qui plane depuis longtemps. Mais le pays dispose aujourd’hui de suffisamment de débouchés pour ne pas être inquiet.

A partir du 1er septembre, Israël n’exportera plus vers l’Union Européenne les volailles et les produits laitiers issus des colonies implantées en territoire palestinien. Cette décision ne marque-t-elle tout de même pas un tournant?
Oui, c’est un tournant. Mais uniquement symbolique. Je ne pense pas que cela aura des conséquences concrètes sur l’économie israélienne. Les montants en jeu ne sont pas très important. L’agriculture reste elle-même très marginale dans les exportations du pays.

Le gouvernement israélien ne croit pas au boycott



Parmi les mouvements qui appellent au boycott, certains appellent à ne plus consommer les produits israéliens dans leur ensemble. D’autres, veulent circonscrire le boycott aux produits issus des colonies en territoire occupé. Cette distinction est-elle pertinente?
Cette distinction est artificielle. Beaucoup de grandes compagnies ont plusieurs lieux de production et d’assemblage et il est souvent difficile de faire la part des choses. Si le boycott s’étend à l’ensemble des produits fabriqués en Israël, cela pourrait effectivement avoir un impact important. Mais le gouvernement ne semble pas y croire et ne prend pas cette menace au sérieux.

"Plus le mouvement fait du bruit en Europe, moins il a d’effet sur le terrain"



Pourtant, les actions de boycott sont abondamment relayées par les médias européens…
Vu de Jérusalem, plus le mouvement fait du bruit en Europe, moins il a d’effets sur le terrain. Plus on en parle à l’étranger, moins c’est efficace. Et puis il faut bien prendre conscience de certaines réalités : si les Européens voulaient cesser de consommer des produits israéliens, ils commenceraient par ne plus utiliser leurs téléphones portables et leurs ordinateurs dont certains composants sont fabriqués ici. Les agriculteurs n’utiliseraient plus le système de goutte à goutte inventé en Israël. Cela aurait des conséquences sur leur vie quotidienne. Et puis il ne faut pas oublier que le pays dispose d’autres débouchés. Un débouché perdu en Europe, c’est un de gagné en Asie. C’est ce qui explique la tranquillité de Benyamin Netanyahou (le Premier ministre israélien, NDLR).

Face aux opérations de guerre menées par Israël à Gaza, plusieurs fonds de pension se sont séparés de leurs investissements dans les entreprises israéliennes. Le désinvestissement peut-il être un levier efficace pour contraindre le gouvernement israélien à négocier avec l’Autorité palestinienne?
Oui, mais à condition que ces désinvestissements soient massifs. Les fonds norvégiens ou hollandais ne sont que des investisseurs minoritaires dans l’économie israélienne. Pour avoir un impact, il faudrait que ce type de décisions soient prises par certains pays, en particulier l’Union Européenne et les Etats-Unis, même si Israël diversifie de plus en plus ses sources de financement. Mais vu le montant des investissements, justement, les Etats européens et les Etats-Unis auraient aussi beaucoup à perdre. 

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