Si le monde s’est engagé à limiter le réchauffement à 2°C en ratifiant l’Accord de Paris, les États peinent encore à établir des stratégies alignées sur cet objectif. La solution doit provenir de la finance durable. Réorienter les gigantesques actifs de la planète vers un avenir soutenable pour l’Homme est un exercice complexe et urgent. Fin décembre, trois rendez-vous parisiens doivent donner une nouvelle impulsion mondiale en ce sens.
Deux ans après la signature de l’Accord de Paris lors de la COP21, rien n’est gagné pour respecter un réchauffement limité à 2°C. "Aujourd’hui, le mix énergétique mondial est à 80 % fossiles et la consommation de charbon augmente. Nous ne sommes pas du tout sur la bonne trajectoire", déplore Gaël Giraud, chef économiste à l’Agence Française de développement (AFD). "Et les nouvelles des météorologues sont dramatiques. Si on arrive à 4 ou 5°C de réchauffement, les trois quarts de l’humanité seront dans des situations caniculaires impropres à la survie. On prépare des génocides", lance-t-il.
Les engagements nationaux de réduction d’émissions de CO2, annoncés lors de la COP21, sont insuffisants et ne concernent qu’un horizon lointain. Or le temps commence à manquer. Christiana Figueres, ancienne secrétaire de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ne cesse de le rappeler à travers son initiative "Mission 2020" : "Si les émissions ne commencent pas leur déclin rapide d’ici 2020, les personnes les plus vulnérables du monde souffriront encore plus des effets dévastateurs du changement climatique", explique-t-elle. La série d’ouragans qui a dévasté les Caraïbes en est une démonstration éclatante.
Réorienter la finance
Le paradoxe est que "la planète finance n’a jamais eu autant d’argent qu’aujourd’hui pour financer la transition énergétique", explique Damien Navizet, directeur de la division climat de l’AFD. "Mais nous avons du mal à trouver la bonne tuyauterie pour réorienter la finance", ajoute-t-il. Les besoins s’établissent entre 50 000 à 90 000 milliards de dollars sur 15 à 20 ans. Ceci correspond à un besoin de 4 000 milliards par an pour les pays du Nord et 2 000 milliards pour les pays du Sud. Une somme tout à fait compatible avec le PIB mondial (environ 75 000 milliards de dollars en 2016).
Même pour l’AFD, l’alignement entre finance et objectif climatique n’est pas une notion évidente. Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a demandé que la banque publique ait pour mission la mise en application de l’Accord de Paris. "Cela veut dire concrètement que 100 % de nos investissements doivent être compatibles avec un réchauffement inférieur à 2°C", explique Gaël Giraud qui assure que l’AFD est en train de "conceptualiser" ce principe. Cela permettra de préciser le calcul de l’impact environnemental des projets financés par l’AFD.
Un rendez-vous parisien
Au-delà l’AFD, c’est l’ensemble du monde financier qui doit trouver sa manière de flécher l’investissement responsable. Mi-décembre à Paris, une semaine sera consacrée à cet enjeu. Elle rassemblera plusieurs événements autour du sommet diplomatique sur le climat annoncé par Emmanuel Macron pour le deuxième anniversaire de l’Accord de Paris le 12 décembre. À commencer par Le Climate Finance Day organisé le 11 au Ministère des Finances sur la finance privée et le colloque de Novethic, le 13 décembre, consacré aux acteurs de la finance durable européenne.
Tous ces travaux ne partiront pas de zéro. Depuis la COP21, le monde de la finance a fait des pas de géants. Ces trois journées seront éclairées par les travaux du groupe européen d’experts de haut niveau sur la finance durable (HLEG), par l’initiative de la place de Paris "Finance for Tomorow" et sur la publication du rapport final de la TCFD, la Task Force on Climate-related Financial Disclosures.
Ludovic Dupin, @LudovicDupin