Dans le concert d’annonces de milliards d’euros au bénéfice de la finance verte, les acteurs de l’investissement responsable (ISR) tentent de faire attendre leurs voix. Leur objectif est de rappeler que le climat n’est qu’une partie de l’analyse ESG (environnement, social, gouvernance) et qu’il faut rester attentif à tous les autres critères et plus particulièrement au S de social.
Ils sont 22 signataires parmi les plus importantes sociétés d’investissement et de gestion d’actifs privés, publics et mutualistes de la Place de Paris à avoir signé une déclaration pour généraliser la notation extra financière ESG (Environnement, Social et Gouvernance), publiée le 8 décembre. Leur message : "Nous sommes convaincus que les facteurs sociaux, environnementaux, éthiques et de gouvernance influencent la qualité de crédit, la valorisation des entreprises et la création de valeur future. L’accès à la notation ESG nous renseigne sur la soutenabilité des modèles d’analyse des entreprises et projets dans lesquels investir en faveur d’une croissance soutenable".
Le texte symbolise la volonté des acteurs français de mettre en avant l’écosystème développé autour de l’investissement responsable. Cela offre une vision plus large des entreprises puisque que la prise en compte de critères dits extra-financiers ne se limite pas au seul climat. En portant le flambeau de la finance verte et durable, ils souhaitent permettre à Paris de jouer un rôle clef en Europe qui a choisi de mettre en place un groupe d’experts sur la "sustainable finance" (finance durable) et non "green finance" (finance verte).
La Fédération Française de l’Assurance (FFA) s’inscrit dans la même démarche. Dans le cadre de ses engagements sur le climat, elle recommande désormais à ses membres de proposer aux 37 millions de détenteurs de contrats d’assurance-vie d’investir dans des produits financiers qui disposent au moins un des deux labels publics (ISR ou TEEC).
Des retraites gérées de manière durable
Enfin, dans un contexte où le chantier du financement des retraites françaises va être rouvert, il serait intéressant de voir l’ISR tenir une place de choix. Depuis plusieurs années, les acteurs de la retraite publique comme l’ERAFP et l’IRCANTEC en ont fait un atout mais l’engagement très récent pris par les partenaires sociaux de gérer de façon socialement responsable les réserves de l’AGIRC-ARRCO donne une nouvelle dimension au mouvement.
C’est ce qu’explique Alexis Masse, président du FIR et syndicaliste CFDT : "Les partenaires sociaux, qui devaient définir un nouveau régime unifié de retraite complémentaire ont décidé de faire de l’ISR un marqueur de ce nouveau régime. Ils l’ont inscrit symboliquement dans le préambule politique de l’accord. La gestion des retraites suppose en effet des investissements de long terme favorisant un développement durable cohérent avec l’horizon qui est celui des affiliés du régime. L’attention au développement durable, au long terme, c’est le propre de de la retraite et c’est le propre de l’ISR. Cet accord est aussi le signe que l’ISR devient une pratique normale de gestion. Le temps où il fallait démontrer son intérêt est révolu."
Même si la semaine d’évènements organisée à Paris est résolument internationale et à dominante anglophone, les acteurs français espèrent à travers toutes ces initiatives créer une dynamique exemplaire. Ils ont bien réussi à donner, en 2015, un élan sans précédent à une régulation française l’article 173 de la loi sur la Transition Ecologique et Energétique (TEE) qui fait le lien entre climat et ESG.
Anne-Catherine Husson-Traore, Directrice générale de Novethic, @AC_HT_ 