Le changement climatique bouleverse aussi le secteur de l’assurance

Les dégâts de l'ouragan Charley aux Etats-Unis en 2004 - Pixabay
Les dégâts de l'ouragan Charley aux Etats-Unis en 2004 – Pixabay

Alors que les gouvernements se réunissent en ce moment à Bonn, dans le cadre de la COP23, pour travailler sur le cadre de mise en œuvre de l’Accord de Paris, des investisseurs se mobilisent pour réaffirmer leur engagement et demander à ce que celui des États soit tenu. Car certains secteurs de la finance comme les assurances sont en première ligne du changement climatique. Décryptage.

Ouragans, sécheresses, inondations, tempêtes ou tsunamis…avec le changement climatique, les événements météorologiques extrêmes se multiplient. Depuis 1990, ceux-ci ont déjà doublé. Cela va continuer et leur ampleur va s’intensifier selon les scientifiques du GIEC. Et plus vite qu’ils ne le pensaient. En témoigne la série noire de cette année avec Irma, Harvey ou Maria qui ont dévastés la Floride, les Caraïbes ou les Antilles.  
Ces conséquences du changement climatique mais aussi l’adaptation des Etats à celles-ci sont au menu de la conférence onusienne annuelle sur le climat, la COP23, qui a lieu en ce moment à Bonn mais qui est présidé par les Iles Fidji, un Etat parmi les plus concernés et les plus vulnérables de la planète. En 2016, le pays a ainsi dû faire face à des dégâts de plus d’un milliard de dollars après le passage du cyclone Winston. Au global, ce sont des milliards de dollars qui seront nécessaires pour permettre aux pays en développement les plus pauvres et les plus vulnérables de s’adapter aux conséquences du changement climatique. 
De fait, la COP23 doit  travailler sur la mise en place d’un mécanisme d’assurance pour ces pays. 
Les assureurs en première ligne 
Dans ce contexte la question de l’investissement et notamment de l’assurance est clé, soulignent les PRI, les Principes pour l’investissement responsables, dans un communiqué publié à l’occasion de la COP23. Or, le secteur de l’assurance lui-même est fortement impacté par le changement climatique.
En tant qu’investisseur de long terme, l’assureur doit notamment limiter son exposition au risque via les entreprises dans lesquelles il investit. Or, selon un rapport des Amis de la Terre, les 15 plus gros assureurs européens détiennent ensemble près de 130 milliards d’actifs dans les énergies fossiles… C’est la raison pour laquelle une partie du secteur désinvestit et exclut de ses assurances les entreprises trop dépendantes aux énergies fossiles, comme le charbon, très émetteur. Des géants de l’assurance comme Axa ou Allianz, se sont engagés dans cette voie, avec des critères plus ou moins ambitieux (désinvestissement d’entreprises dont le CA est lié à 50% ou 30% au charbon par exemple). Autre option : investir dans les infrastructures vertes et les entreprises les vertueuses en matière d’environnement. Axa a ainsi pris l’engagement d’investir 3 milliards d’euros dans des obligations et infrastructures vertes d’ici 2020.
En tant qu’assureur, le secteur est aussi touché de plein fouet par l’augmentation des coûts. En 15 ans, le coût des catastrophes naturelles a été multiplié par 5, avec un coût croissant pour les assureurs (de 10 milliards de dollars par an dans les années 80 à plus de 50 milliards  aujourd’hui). Avec Irma, Harvey et Maria, les ouragans qui ont dévasté les Antilles et les Caraïbes, et les séismes au Mexique, l’année 2017 s’annonce comme record pour le secteur (plus de 90 milliards de dollars).
Un business mode ébranlé ?
Et ce n’est qu’un début. Dans une étude publiée fin 2015 lors de la COP21, Selon la FFA (Fédération Française de l’Assurance), sur les 25 prochaines années le  coût des catastrophes naturellesva doubler par rapport aux 25 précédentes. Une hausse liée pour 30% au changement climatique (la plus grosse partie étant liée à l’augmentation de la densité et la valeur moyenne des logements, infrastructures et entreprises).
Lors de leur congrès en septembre dernier, les discussions des assureurs ont d’ailleurs vite tournées autour de ces sujets. "Certains acteurs risquent de beaucoup souffrir, ce qui va les conduire à revoir leur modèle d’activité ou, pour certains, à faire appel aux marchés car ils auront besoin de plus de soutien", prévenait alors Denis Kessler, le patron du réassureur français Scor. Aujourd’hui les assureurs revoient leurs modèles de prédiction avec "des géographes, des climatologues ou des data scientists…", comme l’explique Generali. Mais demain, c’est le business model qui devra évoluer.
Lors de la COP21, le patron d’Axa avait été très clair : "Nous n’avons pas le choix: un monde à +2°C pourrait encore être assurable, un monde à +4°C ne le serait certainement plus". Un message qui commence à porter. Mais encore trop lentement. Selon une étude de l’ONG AODP (Asset Owners Disclosure Project)de 2016, 12% seulement des assureurs à travers le monde prennennt des mesures concrètes pour lutter contre le changement climatique.
Béatrice Héraud @beatriceheraud

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