Climate Finance Day : les voeux des investisseurs pour une finance verte

Les investisseurs ont émis plusieurs voeux lors du Climate Finance Day le 11 décembre à Bercy.
Les investisseurs ont émis plusieurs voeux lors du Climate Finance Day le 11 décembre à Bercy.
Des signaux à long terme, des incitations pour les financements verts, plus de données climatiques… Les investisseurs engagés pour le climat ont fait part de leurs voeux pour l’année 2018, lors du Climate Finance Day, organisé ce lundi 11 décembre à Bercy.

L’effet Kodak. Voilà ce qui attend le monde de la finance s’il ne s’engage pas dans la voie de la lutte contre le changement climatique, prévient Nicolas Hulot, le ministre de la transition écologique et solidaire en introduction du Climate Finace Day, organisé ce lundi 11 décembre à Bercy. "L’entreprise a fait faillite car elle n’avait pas anticipé les changements en cours (l’apparition du numérique, ndlr). C’était la fin d’un modèle, il en est de même pour les énergies fossiles." Suivant le conseil du ministre de s’engager plus fortement, les investisseurs présents à l’événement ont formulé plusieurs vœux afin de transformer véritablement la finance.
1/ Des signaux à long terme
"Nous faisons face à un processus de transformation vaste, unique, conséquent, c’est pourquoi il faut accélérer car nous sommes déjà en retard, alerte Jean-Laurent Bonnafé, PDG de BNP Paribas. Pour cela, il faut une réglementation forte, transparente et prévisible. avec des signaux de long terme. Nous n’en sommes pas là, et nous perdons du temps précieux."
"Notre défi est de passer du court-termisme propre à la profession au long terme, témoigne Hiro Mizuno, du fonds de pension gouvernemental japonais. Nous avons mis en place un indice qui intègre les critères ESG (environnement,social, gouvernance) et on tente d’expliquer aux entreprises qu’elles n’ont pas besoin par exemple de publier une revue trimestrielle." 
2/ Des incitations pour les financements verts
"Il faut faire en sorte que les projets verts soient plus intéressants financièrement que les autres pour que tout le monde ait envie d’investir dedans", plaide Laurent Mignon, PDG de Natixis. "Cela doit passer par le régulateur." À titre d’exemples, les investisseurs citent la fixation d’un prix carbone et la fin des subventions aux énergies fossiles.
Anne Le Lorier de la Banque de France plaide, quant à elle, pour la mise en place d’incitations négatives sur les stranded-assets, ces actifs, liés aux énergies fossiles, qui pourraient se déprécier du fait la transition vers une économie bas-carbone.
3/ Plus de données
"Deux ans après l’Accord de Paris, il nous faut passer des mots aux chiffres. Nous avons besoin de plus de données et de statistiques de meilleure qualité pour avoir une vision claire de la situation réelle, explique Yngve Slyngstad, PDG de Norges Bank Investment Management. Les entreprises doivent être plus transparentes. Les banques notamment peuvent jouer un rôle de leaders."
"Plus les marchés seront transparents, plus les économies seront stables et plus les investissements iront vers la transition énergétique", souligne ainsi Michael Bloomberg, qui préside la TCFD, la task force sur la transparence financière sur le climat.
4/ Développer les opportunités
"Il faut que l’on intègre les dimensions ESG dans nos produits de tous les jours, dans nos discussions avec les clients", estime de son côté Daniel Klier, directeur de la stratégie et de la finance durable de HSBC Groupe. Il faut aussi développer le marché des Green Bonds. Encore trop cantonné aux banques de développement et aux États, les entreprises doivent davantage s’en saisir selon lui. C’est aussi le sens de l’appel de neuf grands émetteurs européens (LIEN) publié plus tôt dans la journée.
Mais ces nouveaux outils financiers doivent aussi être crédibles. Cela peut passer par le développement de labels. "La loi néerlandaise prévoit que tous les bureaux devront avoir un label énergétique en 2023, raconte Franck Elderson, directeur exécutif de la Dutch Central Bank. Nous avons demandé aux banques si elles avaient de tels labels, et la moitié d’entre elles n’en avaient aucune idée. Très vite, elles ont commencé à intégrer cette disposition, vu qu’il y avait d’importantes opportunités commerciales."
Le ministre de l’Economie français, Bruno Le Maire, souhaite d’ailleurs rendre les labels existants, le label ISR et le label TEEC (dont Novethic est auditeur) plus connus et accessibles au niveau européen. 
5/ Multiplier les collaborations publiques-privées
"Si la finance verte ne veut pas rester une niche, les différents acteurs doivent s’entendre. Ce sont ceux qui coopèreront le plus qui performeront le plus", assure Philippe Zaouati, leprésident de Finance For Tomorrow. "Les financements mixtes sont indispensables car il n’y aura pas assez d’argent autrement et ils permettent de réduire les risques", assure Jonathan Taylor, de la Banque européenne d’investissement (BEI).
"Les acteurs financiers sont impliqués dans le combat sur le changement climatique et ils le font avec d’autant plus de force qu’ils auront la confirmation de l’appui du gouvernement sur le sujet", assure Gérard Mestrallet, président de Paris Europlace et président du conseil d’administration d’Engie.

La journée s’est achevée avec la venue de Bertrand Piccard, le pilote de Solar Impulse : "Finalement faire le tour du monde en avion solaire, c’est un peu comme transformer le monde, il faut ignorer tous ceux qui pensent que c’est impossible. Mais il faut aussi que les gouvernements prennent des lois ambitieuses afin de relier ceux qui veulent investir et ceux qui portent les solutions car désormais il n’y a plus à choisir entre logique économique et écologique. Les deux vont de paire."
Concepcion Alvarez, @conce1 et Béatrice Heraud @beatriceheraud

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