Quand le cours des actions a chuté sur les marchés financiers, au plus fort de la crise du Covid-19, une catégorie d’investisseurs n’a pas cédé à la panique. Selon la Fédération de l’actionnariat salarié, les plus de trois millions d’actionnaires salariés de leur entreprise ont globalement conservé leurs actions et ils ont sans doute bien fait. Une étude du cabinet Eres montre que, sur le long terme, ils courent moins de risques que les autres actionnaires. Le gouvernement, au travers de la loi Pacte, veut surfer sur la tendance en développant le nombre d’actionnaires salariés.
Un risque sur leur revenu principal, si leur entreprise se trouve en grande difficulté, et un risque sur leur épargne, si le cours de l’action de ladite entreprise chute. "Les actionnaires salariés n’ont pas été à l’abri de la chute des cours, particulièrement au mois de mars, remarque Loïc Desmouceaux, président de la Fédération de l’actionnariat salarié (FAS). Mais ce sont des actionnaires de long terme, qui représentent une composante stable du capital. Ce type d’actionnariat est plus résilient face aux crises."
Une preuve tient au comportement de ces actionnaires au moment de la chute spectaculaire des marchés boursiers du début du mois de mars. Alors qu’une grande partie des investisseurs avaient tendance à vendre rapidement leurs actions, les actionnaires salariés restaient, eux, plus attentistes. Les fonds d’actionnariat salarié représentent un encours de près de 55 milliards d’euros, selon l’Association française de gestion. "L’essentiel de ce capital, environ 70 %, est disponible, et pourtant nous n’avons pas observé de vente massive d’actions", souligne Loïc Desmouceaux.
Des conditions attractives
Le cabinet Eres, spécialisé dans l’épargne salariale, a étudié dans son panorama 2019 de l’actionnariat salarié les gains enregistrés par ces épargnants entre le moment où ils ont investi dans leur entreprise et le moment où, 5 ans après, leur épargne est devenue disponible. Dans 80 % des cas, ils ont gagné de l’argent quand ils bénéficiaient d’une décote sur le prix des actions par leur entreprise. Et quand ils bénéficiaient en plus d’un abondement de 100 % (une action achetée, une offerte), ils étaient gagnants dans 93 % des cas. De quoi largement diminuer le risque d’investissement.
La crise du Covid-19 fait néanmoins planer un risque sur ce dispositif. La loi Pacte ambitionnait de développer l’actionnariat salarié, pour qu’il atteigne 10 % du capital des entreprises françaises, contre moins de 5 % aujourd’hui. Mais les difficultés économiques auxquelles sont confrontées les sociétés pourraient retarder les programmes d’incitation pour leurs salariés. "Nous encourageons les entreprises à ne pas y renoncer mais plutôt à mettre en place des programmes de substitution", déclare Loïc Desmouceaux. Le président de la FAS incite les entreprises à mettre en place des programmes d’attribution gratuite d’actions pendant la durée de la crise, puis à reprendre ensuite les programmes habituels.
Arnaud Dumas, @ADumas5