Quelques heures avant le sommet franco-allemand du 19 février, Greenpeace a déversé 4 tonnes de charbon devant l’Elysée pour demander que cette énergie disparaisse au bénéfice des énergies renouvelables. Elle mobilise aussi en Suisse contre le financement des énergies fossiles.
6h30, mercredi 19 février 2014. A quelques heures du conseil des ministres franco-allemands, Greenpeace passe à l’action : dix militants déversent cinq tonnes de charbon devant le palais de l’Elysée. A côté, un camion chargé de déchets nucléaires : deux cuves contenant 2 000 litres d’eau contaminée au tritium. Et une bannière : « La transition en Europe, ici ! Maintenant ! ».
Par cette action l’ONG explique vouloir interpeller les dirigeants des deux pays pour les pousser à « rejeter les énergies du passé : le charbon et le nucléaire. Ils ont le pouvoir et le devoir de lancer la dynamique de la transition énergétique en Europe », déclare Sébastien Blavier, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France. L’ONG demande donc à la chancelière allemande et au président de la République Française d’unir leurs efforts pour un objectif contraignant de 45% d’énergies renouvelables au niveau européen. Le Paquet Energie Climat tel qu’il est proposé par la Commission européenne et sur lequel devra se prononcer le Conseil européen les 20 et 21 mars ne fixe qu’un objectif de 27%…
Trop de charbon en Allemagne et de nucléaire en France
L’Allemagne est certes plus avancée sur le papier avec une transition énergétique – la fameuse « Energiewende »- au sommet de son agenda politique et avec des objectifs ambitieux de sortie du nucléaire et de 80% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique de 2050, mais l’épineuse question du charbon dont le pays reste friand hypothèque le succès de celle-ci, souligne Greenpeace. « Il faut en Allemagne une loi de sortie du charbon pour parachever la transition allemande », soutient Karsten Schmid, chargé de campagne énergie pour Greenpeace Allemagne. Quant à la France, c’est évidemment le nucléaire qui est visé par l’organisation alors que se pose en ce moment la question de l’allongement de la durée de vie des centrales et que se prépare la loi sur la transition énergétique.
En Suisse, Greenpeace dénonce le risque carbone
Dans quelques jours Greenpeace avec d’autres ONG comme le WWF et 350.org va batailler sur un autre front et mobilise pour cela aussi les Verts et le Parti socialiste. Ils vont demander aux grands investisseurs institutionnels suisses de se détourner des énergies fossiles. Ils s’appuient sur le rapport "Unburnable Carbon" , de la London School of Economics et de Carbon Tracker, qui matérialise la contribution indirecte des investisseurs à des émissions massives de carbone. En effet les 200 plus grands groupes du pétrole, du gaz et du charbon captent environ 4 000 milliards de dollars en investissements à l’échelle mondiale, dont plusieurs milliards proviennent des institutions suisses.
Pousser les grands investisseurs mondiaux à cesser de contribuer ainsi à l’énergie fossile est en train de devenir un enjeu politique important dans plusieurs pays dont la Norvège. Le fonds norvégien doit examiner la question dans les semaines qui viennent sous la pression conjuguée des ONG environnementales et des députés de l’opposition travailliste.