Avec le rachat de Direct Énergie, Total renforce sa stratégie bas carbone

Depuis plusieurs années, Total se diversifie dans la production d'électricité d'origine gaz ou renouvelable. - @Total
Depuis plusieurs années, Total se diversifie dans la production d'électricité d'origine gaz ou renouvelable. – @Total

Après le rachat de l’électricien Lampiris et le lancement de sa propre offre de gaz et d’électricité, Total continue sa croissance dans le secteur avec le rachat de Direct Energie, l’un des principaux fournisseurs alternatifs du marché français. Avec cette prise, le pétrolier fait plus que doubler sa capacité de production, dont une bonne partie est d’origine renouvelable.

Mercredi 18 avril, Total a annoncé l’acquisition du premier fournisseur alternatif de gaz et d’électricité sur le marché français, Direct Energie. Dans un premier temps, le pétrolier met sur la table 1,4 milliard d’euros pour acquérir 74 % de l’entreprise. À terme, ce sera 1,9 milliard pour la totalité de l’entreprise.
"Total poursuit activement son développement dans la génération et la distribution d’électricité et de gaz en France et en Belgique. Ce projet s’inscrit dans la stratégie du Groupe d’intégration sur l’ensemble de la chaîne de valeur du gaz-électricité et de développement des énergies bas carbone", explique Patrick Pouyanné, PDG de la multinationale.
7 millions de clients
Cette OPA amicale est accueillie favorablement par Direct Énergie qui déplore que seulement la moitié des Français soient au courant de la possibilité de changer de fournisseurs. Aujourd’hui, EDF conserve 85 % du marché de l’électricité et Engie 75 % de celui du gaz. Aussi, il compte sur la puissance de frappe de Total pour élargir sa portée. Le nouvel ensemble pèse 4,1 millions de clients en France et en Belgique. Total vise 6 millions de contrats en France et 1 million en Belgique d’ici 2022.
Pour Total, déjà producteur et distributeur et d’électricité de gaz, cette acquisition permet une importante progression de sa capacité de production. Le pétrolier exploitait déjà 900MW de centrales à gaz et d’énergies renouvelables. Avec Direct Energie, l’entreprise ajoute 1,35 GW, dont 800 MW de centrale à gaz et 550 MW d’électricité verte.
Ces dernières années, Total a multiplié les opérations de croissance externe pour diversifier son activité. Déjà largement repositionné sur l’extraction de gaz plutôt que de pétrole, le français a aussi beaucoup investi dans les énergies nouvelles. On compte par exemple le rachat du fabricant américain de panneaux photovoltaïques Sunpower en 2011 pour 1 milliard d’euros et celui du concepteur de batteries Saft en 2016 pour 950 millions d’euros.
Pression actionnariale
Plus récemment, le Français a acquis l’électricien belge Lampiris et pris 23 % de Eren Renewable Energy. Il a aussi absorbé le spécialiste français de l’accompagnement des entreprises dans la transition énergétique GreenFlex. Depuis, l’entreprise a lancé une offre de vente d’électricité et de gaz destinée aux particuliers : Total Spring. Il s’agit de distribution d’électricité d’origine renouvelable et de gaz à un prix 10 % inférieur à celui des tarifs réglementés.
Aujourd’hui, Total est la major pétrolière qui a le plus investi dans la transition énergétique, ces dernières années. En particulier, il est le premier investisseur dans les énergies vertes dans le monde du pétrole avec 9 milliards de dollars dépensés en 7 ans. Il devance BP (8,25 milliards de dollars), Statoil (3 milliards de dollars), Shell (1,7 milliard), Chevron (1 milliard). Le groupe assure que jusqu’à 15 % des capitaux employés du groupe seront fléchés vers les énergies renouvelables d’ici 2025.
Si cette diversification de Total est à mettre à l’actif de l’ancien dirigeant Christophe de Margerie et de l’actuel Patrick Pouyanné, la pression de certains investisseurs n’est pas non plus à écarter. Lors de l’Assemblée générale 2016, une coalition d’actionnaires menée par Phitrust voulait déposer une résolution intitulée "Renforcer l’information communiquée par Total en matière de changement climatique". Elle y avait renoncé après la publication par le pétrolier d’un rapport sur sa gestion des risques climatiques.
Ludovic Dupin, @LudovicDupin

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