600 milliards de dollars pour sauver le climat

Il est possible de diviser par deux les émissions de CO2 moyennant un investissement limité, selon l'Energy transitions commission - sean carpenter
Il est possible de diviser par deux les émissions de CO2 moyennant un investissement limité, selon l'Energy transitions commission – sean carpenter

Notre monde est suffisamment prospère pour diviser de presque moitié les émissions annuelles de CO2 d’ici 2040, selon l’Energy Transitions Commission. Une nécessité pour limiter le réchauffement climatique mais qui passe par une redirection importante des investissements dans le mix énergétique.

"Ce n’est pas seulement un autre plan, c’est un meilleur plan ! Nous montrons comment le monde peut éliminer les obstacles pour transformer les défis en opportunités, non seulement dans les économies avancées, mais aussi dans les pays émergents", lance Ajay Mathur, vice-président de l’Energy Transitions Commission (ETC).
Selon le dernier rapport de cet organisme regroupant de grands acteurs industriels (BHP Billiton, Veolia, Shell, Schneider Electric), des instituts sur l’environnement et des établissements financiers (Merrill Lynch, HSBC), il est possible techniquement et financièrement de faire passer les émissions de CO2 de 36 milliards de tonnes par an aujourd’hui à 20 milliards de tonnes en 2040, contre 47 milliards selon la tendance actuelle.

Baisser les investissements fossiles de 3 700 milliards de dollars



Cette division par deux est une condition sine qua non pour préserver le climat. "L’investissement nécessaire pour cette transition – un supplément de 300 à 600 milliards d’euros chaque année – ne devrait pas poser de difficultés majeures dans un monde où l’épargne et les investissements globaux atteignent 20 000 milliards de dollars par an", écrivent les auteurs. Ce surcoût raisonnable est le fruit d’un changement majeur dans les dépenses énergétiques à mener d’ici 2030. Une baisse de 3 700 milliards de dollars des investissements dans les fossiles est nécessaire tandis que ceux dans les technologies bas-carbone et l’efficacité énergétique requièrent respectivement une hausse de 6 000 et 9 000 milliards de dollars.
La feuille de route de l’ETC compte quatre grands axes de travail. Premièrement, il s’agit classiquement d’accélérer la production électrique d’origine renouvelable, tout en déployant l’usage de l’électricité dans les transports, le chauffage et les process industriels. Les experts jugent qu’avec les performances croissantes des technologies bas-carbone, un système 100 % renouvelable n’aurait pas un coût excédent 70 euros par MWh et serait donc compétitif avec les énergies fossiles.

Le deuxième axe de travail vise à développer des technologies alternatives pour décarbonner les secteurs difficiles à électrifier comme les transports lourds et certaines activités industrielles. Cela passe par de la recherche en matière de bioénergies, d’hydrogène, de capture du carbone et de transformation du CO2 en matière première. "Des efforts de R&D importants doivent être engagés pour développer ces solutions et en abaisser les coûts", appellent les auteurs.

Digitalisation et économie circulaire



La troisième priorité est d’accroître la productivité énergétique, c’est-à-dire l’énergie nécessaire pour produire un point de PIB. Selon l’ETC, il doit passer de 1,5 % aujourd’hui à 3 % en 2040, ce qui est "techniquement possible" en adoptant des changement structuraux en faveur de la digitalisation et de l’économie circulaire.
Quatrièmement, il s’agit d’optimiser l’utilisation des énergies fossiles indispensables. Car les auteurs ne visent pas un monde sans pétrole, ni charbon, ni gaz en 2040. A cette date, "cette transition permettrait une baisse de 30 % de l’utilisation d’énergies fossiles, mais elles représenteraient toujours 50 % du mix énergétique", prévient le rapport. Aussi, il sera nécessaire par exemple de favoriser le passage du charbon au gaz pour la production électrique, de maîtriser les fuites de méthane et de se passer du torchage.

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