Amnesty International émet des preuves contre Shell pour complicité de meurtres au Nigéria

Manifestation Ogonis en 1994 contre les activités pétrolières dans le sud du pays. - Greenpeace
Manifestation Ogonis en 1994 contre les activités pétrolières dans le sud du pays. – Greenpeace

Dans les années 1990, le gouvernement et l’armée du Nigéria ont mené des répressions brutales contre le peuple indigène Ogoni. Ce dernier s’opposait aux activités pétrolières dans le sud du pays, en particulier à celles de Shell. Dans un nouveau rapport, Amnesty International assure disposer de preuves que le pétrolier avait connaissance de ces crimes, voire les a facilités. L’ONG appelle à ouvrir une enquête contre l’entreprise qui nie toute implication.

Amnesty International appelle le Nigeria, le Royaume-Uni et les Pays-Bas "à diligenter une enquête sur le rôle du géant pétrolier anglo-néerlandais Shell dans une série de crimes atroces commis par l’armée nigériane en pays Ogoni, une région productrice d’hydrocarbures, dans les années 1990".
L’ONG assure publier, dans son rapport "A Criminal Enterprise?",  des nouvelles preuves qui mettent en évidence la complicité de Shell dans des exactions menées par l’armée nigérienne à l’encontre des Ogonis, peuple indigène du sud du Nigéria, dans les années 1990. Un épisode qui a conduit à des centaines de morts, sans compter des cas de viols et de tortures. Les Ogonis protestaient contre les pollutions liées aux activités pétrolières du pétrolier anglo-néerlandais.
"Les éléments que nous avons analysés montrent que Shell a encouragé à plusieurs reprises l’armée nigériane à faire cesser les manifestations des Ogonis, même lorsque l’entreprise était consciente des horreurs auxquelles cela aboutirait : homicides illégaux, viols, torture, villages incendiés", déclare Audrey Gaughran, directrice du programme thématiques internationales à Amnesty International.
Soutien logistique
L’ONG assure avoir mis à jour "d’innombrables documents tenus secrets" et veut constituer "un dossier pénal à soumettre aux autorités compétentes". Elle évoque non seulement des entretiens du pétrolier de hauts représentants de l’État pour obtenir un appui militaire, mais aurait "même prêté à l’armée un appui matériel, notamment en matière de transport, et a versé de l’argent au moins une fois à un militaire haut gradé tristement célèbre pour les violations des droits humains qu’il commettait".
Selon l’ONG, "une personne ou une entreprise peut être tenue pour pénalement responsable d’une infraction si elle l’encourage, la permet, l’aggrave ou la facilite, même sans en être l’auteur direct. (…) Dans son nouveau rapport, Amnesty International défend l’idée que la société Shell était ainsi impliquée dans des crimes commis en pays Ogoni".
"Plusieurs fois, les demandes d’aide adressées par Shell à l’État pour régler ce que l’entreprise appelait le “problème Ogoni” ont été suivies d’une nouvelle vague de violations brutales des droits humains par l’armée en pays Ogoni (…) L’entreprise a parfois joué un rôle plus direct dans les opérations sanglantes, notamment en transportant des membres des forces armées pour qu’ils mettent fin à des manifestations", assure Audrey Gaughran.
Une enquête pour complicité de meurtre
Amnesty International a soumis ses accusations au pétrolier qui répond : "Les allégations contre [Royal Dutch Shell] et [Shell Nigeria] citées dans votre lettre sont fausses et dénuées de fondement. [L’entreprise Shell Nigeria] ne s’est pas entendue avec les autorités militaires pour réprimer des troubles communautaires et n’a aucunement encouragé ni prôné un quelconque acte de violence au Nigeria. En réalité, elle est convaincue que le dialogue est le meilleur moyen de résoudre les différends. Nous avons toujours nié ces allégations avec la plus grande fermeté."
Cependant depuis juin 2017, la compagnie pétrolière Shell est poursuivie devant la justice néerlandaise. Elle est soupçonnée de complicité dans la pendaison, en 1995, par l’État nigérian de neuf ogonis, dont Ken Saro-Wiwa, l’écrivain et militant qui dirigeait les manifestations au nom du Mouvement pour la survie du peuple ogoni (MOSOP). Ces exécutions avaient fait suite à une parodie de procès et avait déclenché un tollé international. L’enquête a été ouverte suite à la plainte de quatre veuves.
Face aux nouvelles preuves, le porte-parole du ministère public des Pays-Bas, cité par le Figaro, assure : "Nous allons étudier le dossier très sérieusement et si nous voyons une raison pour ouvrir une enquête, nous le ferons".
Ludovic Dupin, @LudovicDupin

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