Des femmes inactives, souvent dénudées et sexualisées. Des hommes experts souvent valorisés. Voilà le principal constat de la nouvelle enquête publiée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel sur la représentation des femmes dans les publicités télévisées. En pleine affaire Weinstein, la responsabilité des annonceurs et des entreprises du secteur est pointée du doigt pour leur rôle dans le maintien de stéréotypes sexistes rétrogrades.
Une femme à moitié nue vend une lessive, une autre présente un parfum entre ses seins. Dans les publicités télévisées, les images parlent d’elles-mêmes, et les chiffres aussi. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) vient de publier une enquête sur la représentation des femmes dans les publicités télévisées. Il a ainsi passé au crible plus de 2 000 spots diffusés entre octobre 2016 et avril 2017 à la télévision. Et les résultats sont, sans surprise, accablants.
84% des "sachants" dans les pubs sont des hommes
D’abord, les hommes sont sur-représentés par rapport aux femmes, à 54 %. Ensuite, le CSA note une "répartition stéréotypée des catégories de produits". En d’autres termes, les hommes parlent de l’automobile à 64%, des assurances, banques et mutuelles ou encore de la technologie et du numérique. Les femmes ? De l’entretien du corps, de l’habillement et la parfumerie ou encore des produits médicaux ou paramédicaux.
3ème constat : les hommes presque exclusivement experts (82 % vs. 18 % de femmes expertes) pic.twitter.com/joZGY9qQnc
— CSA (@csaudiovisuel) 31 octobre 2017
Mais surtout, comme sur les plateaux télévisés, les rôles d’experts, c’est-à-dire "les personnes occupant la position du ‘sachant", sont largement occupés par des hommes, à 82 % contre 18 % d’expertes.
Les femmes, inactives et dénudées
Les femmes sont ainsi des "consommatrices", des spectatrices de la publicité, "des personnages occupant des rôles esthétiques ou inactifs sont en majorité des femmes", résume le CSA.
Et pour couronner le tout, elles sont souvent dénudées et sexualisées. "Les deux tiers des publicités présentent des personnages avec une sexualisation mettent en scène des femmes", indique l’autorité indépendante. Ainsi, les femmes dans les publicités adoptent des comportements tels qu’une "attitude très suggestive, une simulation d’acte sexuel" ou sont sujettes à des "cadrages insistant particulièrement sur certaines parties intimes du corps".
"Des stéréotypes d’un autre âge"
Est-ce grave ? Oui. Car ces publicités, vues par des millions de Français, participent à l’objectivation des femmes. "La force des images, le poids des mots, le choc d’une formule en faveur d’un produit peuvent véhiculer des stéréotypes d’un autre âge et contribuer à figer un état d’esprit en décalage avec le mouvement de la société", explique Sylvie Pierre-Brossolette chargée de l’égalité au CSA. Pour faire évoluer ce milieu, l’autorité va bientôt mener des enquêtes auprès des entreprises du secteur, les supports de diffusion ou encore les annonceurs pour qu’ils prennent des engagements.
Marina Fabre @fabre_marina