Télétravail et Freelances : l’entreprise agile de demain se construit en dehors des murs

La Société générale propose à ses collaborateurs jusqu'à deux jours de télétravail par semaine.
La Société générale propose à ses collaborateurs jusqu'à deux jours de télétravail par semaine.

Les formes classiques du salariat peinent à séduire. Les nouvelles générations notamment veulent pouvoir décider de quand, comment et avec qui elles travaillent. Pour répondre à ces nouveaux besoins, certains grands groupes font le pari du télétravail, partiel ou total, et misent sur les freelances pour dénicher les meilleurs talents. Mais il y a encore un grand travail à faire pour accélérer les changements de mentalité.

Une entreprise sans bureaux. Automattic, la start-up à l’origine de la plateforme de publication WordPress, a quitté son ancien entrepôt industriel de San Francisco. De toute manière, il n’abritait plus guère que quelques salariés. L’entreprise emploie 550 personnes réparties dans plus de 50 pays, sur une dizaine de fuseaux horaires différents.
Comme elle, de nombreuses start-ups ont fait le pari de se passer complètement de locaux pour faire des économies substantielles et gagner en agilité. "C’est un vrai challenge, témoigne Rodolphe Dutel, ex-directeur des opérations de Buffer, une licorne de 100 salariés sur 20 pays qui applique massivement le télétravail. Tous les trois mois, nous essayions de nous voir tous physiquement pour garder un lien." 
Aux États-Unis, le télétravail concerne 43 % des Américains, dont 20 % qui ne se rendent jamais au bureau. En France, 80 % souhaiteraient pouvoir télétravailler alors qu’en pratique ils ne sont que 17 % à le faire.  
Le télétravail augmente la productivité de 22 %
La Société générale, qui a transféré ses 20 000 collaborateurs à La Défense, s’est penchée sur la question dès 2012 avec une expérience menée pendant deux ans en raison de la problématique liée au transport. "Cela a été très positif et a abouti à la généralisation du télétravail, explique Johann Ghilini, responsable adjoint RH. Dans ma direction, 40 % du personnel fait du télétravail dont 10 % deux jours par semaine. Cela nous pousse à apprendre à nous coordonner et nous permet aussi de gagner en temps de travail ininterrompu." 
Le télétravail permettrait en outre un gain de productivité de 22 %, une réduction de l’absentéisme (5,5 jours par an) et une meilleure qualité de vie (gain de 45 minutes de temps de sommeil par jour et de 37 minutes de vie familiale par jour). "Il y a de plus un vrai potentiel en France avec des villes de province très attractives", complète Rodolphe Dutel.
L’essor des freelances
Parallèlement au développement du télétravail, les entreprises font de plus en plus appel aux free-lances. Leur nombre a augmenté de 130 % en Europe et on en compte 2,7 millions en France. Renault Digital s’est ainsi en partie lancé avec des travailleurs indépendants.
"Nous voulions une organisation plate et un mélange de culture, raconte Alain Delprat, responsable du staffing et program management. On a démarré avec beaucoup de fournisseurs dont 35 à 40 % étaient des freelances. Notre premier but a été de faire comprendre à la direction de Renault ce qu’était l’agilité et à quel point il est important de faire travailler nos collaborateurs sur ce qui les intéresse et comme ils le souhaitent pour les fidéliser." 
"Le recours aux freelances permet de dénicher des talents et d’avoir accès à une expertise de pointe sur un temps réduit, analyse Alexandra Cauchard, fondatrice de Shaker, une agence de conseil en innovation collaborative. Il permet aussi de tester le télétravail et de diffuser des méthodes de travail plus collaboratives et innovantes." 
Ne pas confronter les statuts
Mais, si quelques grands groupes se lancent, les collaborateurs sont encore confrontés à une certaine rigidité. "D’un côté, il y a un appel à plus d’agilité et de l’autre, un modèle unique, normatif, très post-taylorien. Finalement ça craque de tous les côtés et ça génère du mal-être et du burn-out", résume Olivier Leclerc, co-fondateur du collectif des Hacktivateurs, des hackers au sein de l’entreprise, et salarié d’Alcatel-Lucent. 
Le défi pour gagner en agilité va donc consister à s’adapter aux nouvelles envies des collaborateurs. "Nous confrontons le salariat, le télétravailleur et l’indépendant alors que demain ces statuts vont cohabiter et nous passerons de l’un à l’autre sans arrêt, conclut Charles Thomas, CEO et confondateur de Comet, une plateforme de mise en lien entre freelances et grands groupes. Il y a un vrai changement de paradigme car les gens veulent s’accomplir, choisir leurs missions, … être libres !" 
Concepcion Alvarez @conce1
Les témoignages ont été recueillis lors d’une conférence organisée par Comet le 10 octobre, en partenariat avec Ouishare et Lion Executive.

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