L’économie collaborative bouleverse les business models des entreprises traditionnelles

L'économie collaborative a généré 28 milliards d'euros en 2016 en Europe, dont 15 milliards pour les services de logement.
L'économie collaborative a généré 28 milliards d'euros en 2016 en Europe, dont 15 milliards pour les services de logement.

L’économie collaborative n’est pas que l’affaire des géants comme Uber ou Aribnb. Des entreprises 100 % digitales comme la Camif, de grands groupes historiques comme la Maif ou encore de jeunes startups comme Ekwateur s’en emparent pour transformer leur business model et leur façon de manager.

Il caracole en tête des ventes : le premier bureau connecté sans fil de la Camif. Il a été co-créé par les consommateurs à l’occasion du "Tour du made in France" organisé chaque année par l’entreprise afin de faire se rencontrer ouvriers, clients et collaborateurs au cours d’une visite d’atelier. Le spécialiste de la vente en ligne d’équipements pour la maison français et durables mise depuis plusieurs années sur l’économie collaborative. Et ça marche.
Depuis début 2016, il propose par exemple d’aller tester son canapé chez son voisin avant de l’acheter, en tout bien tout honneur. Il existe ainsi quelque 200 000 clients "ambassadeurs" qui reçoivent un bon d’achat de 40 euros si la vente se concrétise. "C’est une façon de pallier le frein à l’achat de meubles en ligne et de créer du lien social, explique Anne Laurence, directrice développement durable du groupe. Et pour nous, il s’agit de se différencier et de créer une nouvelle relation avec le client, qui ne soit pas linéaire et descendante, afin de les engager davantage." 
Et signe que l’économie collaborative infuse jusqu’au sein même de l’entreprise, le budget est participatif depuis 2015. Huit collaborateurs volontaires sont élus et formés aux règles budgétaires. "Ils ont par exemple pris une décision que le comité exécutif n’aurait jamais prise, celle d’arrêter la pub télé, extrêmement coûteuse, commente Anne Laurence. Finalement ça s’est avéré être une excellente idée." 
Nous hybrider en interne
Pour l’instant, le retour sur investissement est difficile à estimer, reconnaît Thomas Ollivier responsable de l’économie collaborative à la Maif, à la tête d’une équipe de douze personnes. "Le chiffre d’affaires généré par ce type d’usage reste marginal. Mais nous accompagnons des entreprises innovantes qui sont des relais de croissance à long terme. Notre intérêt est de nous positionner sur des pratiques qui vont toucher tout le monde et devenir massmarket." 
La Maif assure quelque 200 acteurs de l’économie collaborative. Le service de location de bateaux entre particuliers SamBoat bénéficie par exemple d’une assurance à la journée contre tout dommage. Le groupe est également entré au capital de Koolicar, le premier site de voitures sans échange de clés, et a noué un partenariat avec Mesdepanneurs.fr pour offrir un service supplémentaire à ses clients même s’il n’est pas pris en charge financièrement par l’assureur. 
"Ces nouvelles pratiques transforment notre cœur de métier et permettent de nous hybrider afin d’initier une culture de startup en interne, un management par l’envie, et de gagner en fluidité et agilité, s’enthousiasme Thomas Ollivier. L’objectif est de repenser l’entreprise pour ne pas subir l’avenir mais peser dessus. Et cela rend le travail 10 000 fois plus agréable et facile." 
Des bêtatesteurs sur Facebook
Et si l’économie collaborative se diffuse dans des groupes historiques comme la Camif et la Maif, il est également au cœur du développement des nouvelles TPE/PME. C’est le cas chez Ekwateur où son fondateur, Julien Tchernia, ne se voit pas faire autrement. Le fournisseur d’énergie renouvelable, qui vient de remporter le titre d’offre d’électricité verte au meilleur prix, décerné par l’UFC-Que Choisir, s’appuie sur un service client collaboratif. Ce sont des autoentrepreneurs, formés et sélectionnés, qui répondent directement aux différentes questions des consommateurs.
"Cela va nous permettre à terme de nous passer de call centers, explique Julien Tchernia, et on se rend compte que les réponses sont beaucoup plus rapides et souvent aussi plus précises. Ça change complétement la façon de vivre l’entreprise au quotidien." Ekwateur va plus loin et a mis en place une équipe de bétatesteurs sur Facebook en lien avec les informaticiens. "Les retours sont toujours positifs et constructifs, c’est un système très vertueux qui change aussi le métier d’informaticien." 

Répartition de la valeur générée par l’économie collaborative en Europe en 2015


Au-delà des géants comme Uber, Blablacar ou encore Airbnb, l’économie collaborative a de beaux jours devant elle. Son chiffre d’affaires devrait passer de 28 milliards d’euros en Europe à 83 milliards en 2025. Et l’Hexagone fait déjà figure de leader avec 36 % d’utilisateurs de plateformes collaboratives et plus de 270 start-ups dans le secteur. Reste aux entreprises classiques à se saisir elles aussi du mouvement. 
Concepcion Alvarez @conce1
*Les propos ci-dessus ont été recueillis lors de la conférence "Comment l’économie collaborative bouleverse l’entreprise" organisée au salon Share Paris le 22 septembre. 

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