Offre moins attractive que pour les clients blancs, mauvais accueil, manque d’information… La ville de Villeurbanne a lancé une vaste opération dans les 12 banques de son secteur et elle a constaté des pratiques discriminatoires envers les personnes noires ou d’origine maghrébine. La Défenseur des droits tire la sonnette d’alarme.
63 agences de 12 banques différentes (1) de l’agglomération de Villeurbanne (Rhône) ont été passées au crible par l’institut ISM Corum. Le but était de mesurer les pratiques discriminatoires dans le secteur bancaire. À chaque test, deux clients au profil « parfaitement comparables » se sont présentés. La seule différence étant leur origine supposée.
Et les premiers résultats sont sévères. D’abord, dans l’accès au crédit bancaire, les entretiens avec le client noir ou maghrébin sont beaucoup moins longs et contiennent moins d’informations. Le client blanc a même « fréquemment bénéficié d’une offre plus attractive, en particulier sur le taux d’intérêt (dans neuf agences, contre une seule où l’inverse s’est produit », note le rapport. Ainsi, on note une différence de 25 500 euros dans la simulation proposée par la banque selon les clients.
Pour créer une entreprise, les femmes obtiennent moins de simulations de prêt
Pour créer une société, là aussi les discriminations sont notables. Le créateur d’entreprise « d’origine maghrébine » n’a jamais reçu d’information sur le montant empruntable, ni sur le taux d’intérêt, ni sur la durée de remboursement conseillée », indique le rapport. De même, certaines conditions ont été uniquement posées au testeur d’origine maghrébine comme le fait d’appartenir à la banque pour bénéficier d’un prêt.
Les femmes ne sont pas épargnées. Le test a été réalisé seulement avec une femme blanche mais cette dernière, indique le rapport, a plus rarement obtenu une simulation de création de prêt que le client blanc. Au-delà du traitement discriminatoire dans la présentation politique de la banque, le rapport n’évoque pas de pratique sexiste dans le montant empruntable qui est, en moyenne, similaire entre la cliente et le client blanc.
Aux États-Unis, JP Morgan a versé 55 millions de dollars aux victimes de ses pratiques racistes
Globalement, pour remédier à la situation, le Défenseur des droits demande le renforcement de la formation relative à lutte contre les discriminations des personnes exerçant les métiers de la banque. Et souligne l’importance d’entamer une procédure lorsqu’on est victime de discrimination. À charge pour le Défenseur des droits d’enquêter et d’apporter les preuves nécessaires.
En janvier, aux États-Unis, la banque JP Morgan a accepté de verser 55 millions de dollars pour régler un conflit à l’amiable. Elle était accusée par la justice américaine d’augmenter ces taux de crédits pour les clients noirs américains et hispaniques. 53 000 accès aux crédits de ces populations avaient été passés au crible par les autorités. En comparaison, avec le même profil, un noir américain devait en moyenne payer 1 126 dollars de plus qu’un américain blanc pour un prêt à 191 000 dollars.
Marina Fabre @fabre_marina