Novethic vous propose de revenir sur les actualités majeures qui ont rythmé la première moitié de l’année 2017. Aujourd’hui, zoom sur la question des perturbateurs endocriniens. Pendant la mandature de François Hollande, la France s’était toujours opposée à la Commission européenne sur les critères d’identifications, jugés inappropriés, de ces éléments chimiques dangereux. Le nouveau ministre Nicolas Hulot a choisi de changer de stratégie.
Pendant des années la France a dit non. Aux côtés du Danemark et de la Suède, elle faisait barrage sur le dossier des perturbateurs endocriniens, refusant systématiquement les propositions de définitions de ces substances capables de modifier le système hormonal, proposées par la Commission européenne. Une fronde menée avec fermeté par Ségolène Royal. Le dernier refus datant de décembre 2016. Selon elle, la liste des critères d’identification des perturbateurs endocriniens proposée par Bruxelles était "inacceptable" tant les exigences de preuves étaient élevées.
L’enjeu était de taille : il s’agissait de donner un cadre réglementaire aux perturbateurs endocriniens, présents dans les produits d’hygiène, les pesticides, les cosmétiques, les meubles, l’alimentation… Pour pouvoir maîtriser leur utilisation sur le marché et les interdire si nécessaire. Bruxelles devait légiférer sur cette question depuis 2009. La Commission a même été condamnée par le tribunal de l’Union Européenne pour son immobilisme.
"Les lobbys doivent sabrer le champagne"
L’ancienne ministre de l’Environnement était soutenue par les associations environnementales. Une soixantaine avaient d’ailleurs dénoncé les conflits d’intérêts des experts de la Commission et accusaient Bruxelles de baser son analyse sur des études fournies par les industriels du secteur. Notamment sur le glyphosate, le principal agent actif du Roundup, le désherbant le plus vendu au monde et commercialisé par Monsanto.
Qui aurait donc pu prévoir le changement de positionnement de la France sur cette question ? Nicolas Hulot, ancien président de la Fondation Nicolas Hulot, nommé ministre de la Transition écologique et solidaire en mai, a finalement voté favorablement, le 4 juillet dernier, pour la dernière proposition de définition de la Commission Européenne.
La France s’est targuée d’avoir obtenu des garanties supplémentaires dans le nouveau texte. Or, il n’a pas changé depuis la dernière proposition de la Commission, datant de juin 2017. "Les lobbys de la chimie doivent sabrer le champagne après le soutien de la France à la définition minimaliste des perturbateurs endocriniens", a très vite réagi l’ancienne ministre de l’environnement et soutien d’Emmanuel Macron, Corinne Lepage.
Les lobbys de la chimie doivent sabler le champagne après le soutien de la France à la définition minimaliste des perturbateurs endocriniens
— Corinne Lepage (@corinnelepage) 4 juillet 2017
Du "pragmatisme" pour Nicolas Hulot
Générations futures estime que le niveau de preuve à apporter pour classer un produit comme perturbateur endocrinien est trop élevé. En conséquence, certaines substances dangereuses pourraient passer entre les mailles du filet. Certes, répond Nicolas Hulot, mais la France pourra toujours interdire certaines substances sur son territoire, argue-t-il. Une mesure qui paraît difficilement envisageable tant le risque de perte de compétitivité de l’agriculture française est élevé.
Mais Nicolas Hulot a misé sur l’identification, voire l’interdiction, d’une minorité de perturbateurs endocriniens plutôt qu’aucun. C’est du "pragmatisme", se défend le ministre qui mise sur la transparence. Le 21 juillet, le ministre a publié deux listes de pesticides contenant au moins un perturbateur endocrinien. Le but : orienter les choix d’achats des citoyens et professionnels.
Mais elles ne satisfont ni les ONG environnementales, l’Union des industries pour la protection des plantes (UIPP). Les premiers dénoncent des listes reposant sur des critères obsolètes qui seront très largement modifiés après l’application de la réglementation européenne. La seconde, représentant les industriels, fustige un "gouvernement ne respectant pas les processus de décision européen en cours".
Marina Fabre @fabre_marina