Le 18 mai, la Commission européenne avait décidé de relancer la procédure d’autorisation du glyphosate, agent actif de l’herbicide Roundup, commercialisé par Monsanto. Place cette fois aux négociations entre les États membres avant le vote final en septembre. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, promet d’être "ferme" et veut appliquer le "principe de précaution" pour ce perturbateur endocrinien.
Étape cruciale avant le vote final en septembre. Les États membres de l’Union européenne discutent les 19 et 20 juillet, d’une possible ré-autorisation pour 10 ans du glyphosate, composant de l’herbicide Roundup.
Et les débats s’annoncent houleux. Interrogé par l’AFP, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a assuré qu’il serait "ferme" lors de ces prochaines réunions. "Dans beaucoup de domaines, on a fustigé le principe de précaution, mais parfois on se grandirait à le mettre en œuvre", a-t-il ajouté.
Affrontement entre experts, industriels et ONG
Le glyphosate est le principal agent actif de l’herbicide le plus vendu au monde, le Roundup. Commercialisé par Monsanto, il fait l’objet, depuis des années, d’affrontements entre experts, industriels et associations environnementales. Le CIRC (Centre international de Recherche sur le Cancer) et l’OMS (Organisation Mondiale de la santé) l’ont classé, en 2015 comme "cancérogène probable pour l’homme".
Mais en mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a estimé que le glyphosate ne pouvait être classé comme substance cancérogène. C’est sur cette expertise que se base désormais la Commission européenne. "Cela clôt la controverse. Je n’ai pas de doute que la substance soit sans danger", a estimé lundi 17 juillet Vytenis Andriukaitis, commissaire européen chargé de la santé et de la sécurité alimentaire.
Pourtant cette expertise est dénoncée à la fois par des scientifiques, menés entre autres par le toxicologue américain Christopher Portier, et par des associations environnementales. Une soixantaine d’entre elles reproche à l’ECHA de fonder une partie de son analyse à partir d’études fournies par les industriels producteurs de l’herbicide. L’association Générations futures dénonce également des conflits d’intérêts de plusieurs membres du comité d’évaluation de l’Agence européenne des produits chimiques.
Si l’Europe autorise le glyphosate, la France pourra l’interdire sur son territoire
En juin 2016, la Commission européenne avait prolongé de 18 mois – contre 15 ans demandés par Monsanto – l’autorisation du glyphosate faute d’accord entre les États membres. La France et Malte s’étaient opposés à ce renouvellement. Sept autres pays s’étaient abstenus : l’Allemagne, l’Autriche, la Bulgarie, la Grèce, l’Italie, le Luxembourg et le Portugal.
Si la majorité des États accorde une nouvelle licence au glyphosate, les réfractaires pourront toujours interdire la substance sur leur territoire. Mais ils devront assumer de lourdes conséquences. En France par exemple, l’interdiction coûterait "976 millions d’euros au secteur agricole", estime dans une étude récente le think thank Fondation Concorde.
Marina Fabre, @fabre_marina