Son programme et sa vision ont plu aux indépendants et auto-entrepreneurs. Emmanuel Macron doit maintenant répondre aux fortes attentes d’un secteur qui redessine les modes de travail et les relations entre donneurs d’ordre et fournisseur. Grégoire Leclercq, président de la Fédération des auto-entrepreneurs, donne sa feuille de route au nouveau Président.
Qu’attendent les indépendants et auto-entrepreneurs d’Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron a fait partie des candidats qui ont le plus parlé de l’auto-entreprenariat. Il est vraiment aux prises avec l’entreprise, avec le terrain, avec les entrepreneurs, les start-up et les enjeux économiques de notre pays. Il a une forme de courage et d’insouciance qui peuvent lui permettre de faire changer les mentalités rapidement. Il semble porter notre vision, à savoir : ne peut plus opposer les salariés hyper protégés, qui bénéficient d’à peu près tous les droits sociaux, et les travailleurs indépendants, qui n’auraient presque rien à part un RSI (Régime Social des Indépendants) moribond.
Le quinquennat de François Hollande n’est pas allé dans ce sens ?
Le bilan est catastrophique. François Hollande s’est présenté comme le candidat du "choc de simplification". Au final, nous sommes arrivés à un consensus mou avec une absence de vision claire. Emmanuel Macron ne devra pas tomber dans ce piège en donnant des coups de barre à gauche et à droite. Pour cela, il faudra qu’il dépassionne les débats.
Quelle est l’urgence ?
Pour être efficace, Emmanuel Macron doit lancer trois chantiers dès le début de quinquennat : la réforme du RSI, l’accès aux allocations chômage et la hausse des plafonds de l’auto-entreprise. Ouvrir l’allocation chômage aux indépendants est une question de justice. Le fait d’avoir une forme d’indemnité en cas de difficulté économique est très attendue par la profession. En revanche, la suppression du RSI est une mauvaise idée. Il faut l’améliorer plutôt que de s’en débarrasser.
Les plateformes comme Uber et Deliveroo cristallisent les tensions et sont accusées de salariat déguisé. Comment y remédier ?
Il y a en effet un fort besoin de clarification. Le plus urgent, sans braquer les syndicats, est d’accepter de revoir les conditions de requalifications du statut d’indépendant à celui de salarié. Il n’y a rien d’injuste à ce que des entreprises aient recours à des indépendants, s’ils sont bien protégés et s’ils ne sont pas dans une situation d’abus manifeste (travail sept jours sur sept, contraintes horaires…). Par contre, toute dépendance économique, subordination, prise de consignes à distances via des plateformes, mise à disposition de matériel, partage d’outils et de savoir-faire entre le donneur d’ordre et le client ne nous paraissent pas de nature à requalifier le statut d’indépendant ou auto-entrepreneurs.
Propos recueillis par Marina Fabre, @fabre_marina