L’empreinte environnementale de l’industrie médicale française, qui serait responsable de 6 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Hexagone, est un sujet très peu abordé. Le think tank Clim Care appelle à intégrer ce thème dans le Ségur de la Santé, le "Grenelle" organisé par le gouvernement pour refonder le système de santé. Mais sur le terrain, les enjeux écologiques apparaissent lointains. L’urgence est d’abord de défendre un système de santé viable après le Covid-19.
C’est un sujet qui n’est pas "intuitif" comme le fait remarquer Clim Care et pourtant, selon le think tank, l’industrie médicale française serait responsable de 6 % à 7 % des émissions de gaz à effet de serre. "Une journée d’anesthésie générale dans un bloc opératoire émet autant que 1 000 km en voiture thermique", explique dans une tribune publiée dans les Échos Jean-David Zeitoun et Jeremie Lefevre respectivement médecin et chirurgien, cofondateurs de Clim Care.
"On estime qu’à l’échelle mondiale, les émissions du secteur de la santé montent à hauteur de 5 % de l’empreinte globale. Cela correspond – virtuellement bien sûr mais les émissions sont bien réelles – à 514 centrales à charbon", pointent-ils. Face à ce constat, ils plaident pour l’intégration d’un volet environnemental dans le Ségur de la Santé.
Ce "Grenelle", lancé le 25 mai par le gouvernement, est censé, après sept semaines de consultation avec des grands experts, déboucher sur une refonte du système de la santé intégrant une revalorisation de la hausse des salaires, la future gouvernance des hôpitaux ou encore le temps de travail. "L’inclusion d’un volet environnemental au futur "Ségur de la santé" n’est pas anachronique et pas non plus si difficile", rapportent Clim Care dans une autre tribune publiée dans le Monde. Le think tank appelle notamment à la rénovation des bâtiments, à des chaînes d’approvisionnement courtes, au maintien d’un volume de télémédecine réduisant les transports, etc.
L’écologie n’est pas la priorité
Si le sujet n’est pas contesté par les organisations syndicales, l’environnement est loin d’être le point prioritaire dans les négociations liées au Ségur de la Santé. "Très honnêtement, on manque de lits, de postes, on est le pays où les soignants sont les plus mal payés dans l’Union européenne… Tout le monde est conscient des enjeux écologiques mais notre réalité c’est d’abord de défendre un système de santé viable", explique Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers. "Il y a le feu dans notre maison", prévient-il.
Les syndicats et collectifs hospitaliers comptent s’appuyer sur le soutien de la population pour faire avancer leurs réclamations pendant le Ségur de la Santé. Le Covid-19 a en effet provoqué un déclic citoyen, symbolisé par les applaudissements aux fenêtres à 20 heures chaque soir pendant le confinement. Le 16 juin, ils appellent à "une journée d’action nationale d’initiative et de grève". "On va organiser des petites manifestations devant plusieurs hôpitaux plutôt qu’une grande marche. On appelle les citoyens à nous rejoindre. Le "monde d’après" était un leurre. Aux CHU de Tours et de Saint Étienne par exemple, dès que le pic de la crise sanitaire est passé, la direction a redémarré son plan en supprimant des postes et des lits", martèle Thierry Amouroux.
Des millions de soignants appellent à un plan de relance vert
Reste que si l’environnement n’est pas le sujet prioritaire des négociations au sein du Ségur de la santé, des millions de soignants ont appelé, plus largement, à un plan de relance "viable et vert". Le 24 mai, plus de 350 organisations représentant 40 millions de professionnels de la santé dans le monde ont écrit une lettre ouverte aux dirigeants du G20 pour que les fonds de relance débloqués aillent vers des investissements sur la santé publique, la qualité de l’air, de l’eau ou encore la défense du climat.
"Il aurait été possible d’atténuer en partie les effets du Covid-19 (la mort, la maladie, la souffrance psychologique, NDR), voire de les prévenir en investissant suffisamment dans la préparation aux pandémies, la santé publique et la bonne gestion de l’environnement. Nous devons tirer les enseignements de ces erreurs et sortir de cette crise plus forts, en meilleure santé et plus aptes à rebondir", insistent les soignants
Marina Fabre, @fabre_marina