Brice Lalonde : « Le Business & Climate Summit, lieu de rencontre du secteur privé sur le climat »

Pour Brice Lalonde, son co-président, le Business & Climate Summit doit tourner à travers le monde, sur tous les continents, et élargir le cercle des "Usual Suspects", déjà convaincus et mobilisé pour la lutte contre le changement climatique. - Antonio Scorza / AFP
Pour Brice Lalonde, son co-président, le Business & Climate Summit doit tourner à travers le monde, sur tous les continents, et élargir le cercle des "Usual Suspects", déjà convaincus et mobilisé pour la lutte contre le changement climatique. – Antonio Scorza / AFP

La deuxième édition du Business & Climate Summit s’ouvre aujourd’hui à Londres. Durant deux jours, entreprises et investisseurs échangeront sur les bonnes pratiques et les mesures pour lutter contre le changement climatique. Six mois après l’adoption de l’Accord de Paris et alors que le processus de ratification est engagé dans plusieurs pays, le secteur privé veut aussi mettre en lumière son rôle et sa mobilisation sur le sujet. Entretien avec le président de l’évènement et conseiller auprès de Global Compact France, Brice Lalonde. 

Novethic. Le Business & Climate Summit s’ouvre aujourd’hui à Londres. Quel est l’objectif de ce nouveau rendez-vous qui a été institué l’an dernier en amont de la COP ?
Brice Lalonde. Nous souhaitons que le Business and Climate Summit soit, chaque année, au niveau mondial, le lieu de rencontre central des entreprises et des investisseurs qui s’engagent dans la lutte contre le changement climatique. Dans ce cadre, il est important de respecter chaque année ses principes fondateurs.
D’abord, il s’agit d’un rassemblement à l’initiative des réseaux d’entreprises mobilisés sur la question, mais pas seulement : cette année par exemple, le World Economic Forum (Davos) est présent. Cette mobilisation élargie est très importante car il est nécessaire de sortir du cercle de ce que j’appelle les "Usual Suspects", soit les personnes déjà convaincues. C’est aussi pour cela que nous faisons appel aux CEO des entreprises et pas aux directeurs du développement durable. C’est également important pour s’assurer du suivi des engagements.
Ensuite, c’est un évènement qui se situe à la fois dans le fil des négociations climatiques mais sans y être lié. Cela montre que les entreprises et les investisseurs suivent leur propre chemin, en parallèle, en tenant compte des objectifs fixés par l’Accord de Paris mais avec un calendrier qui peut être plus rapide que celui des gouvernements notamment.
Notre volonté est de faire tourner cet évènement à travers le monde. L’an prochain, il pourrait avoir lieu au Maroc ou en Inde, puis en Californie. L’objectif est qu’il tourne sur tous les continents, pour amener de nouvelles entreprises dans la barque.

Que pouvons-nous attendre de cette deuxième édition, qui se déroule six mois après l’adoption de l’Accord de Paris ?
Cet accord sera effectivement au centre des discussions. Les entreprises et investisseurs vont travailler sur ce que cela veut dire pour eux, leur business model. C’est pour cela que nous avons organisé la journée des entreprises (le mardi) en fonction des secteurs identifiés comme prioritaires par le rapport de la New Climate Economy, comme l’énergie, l’agriculture et la forêt, le bâtiment et la mobilité durable.
La deuxième journée sera consacrée à la finance, un secteur qui a fait des avancées spectaculaires dans le domaine du climat avec le développement des green bonds, de l’engagement actionnarial, la décarbonisation des portefeuilles ou le désinvestissement des énergies fossiles. Et qui est crucial quand l’on sait l’importance de l’ingénierie financière à mobiliser dans les 15 prochaines années pour opérer un basculement vers des infrastructures peu intensives en carbone.
Le lieu de l’évènement, c’est-à-dire La City, a un côté symbolique. En Angleterre, le gouverneur de la Banque d’Angleterre (et président du Conseil de Stabilité Financière), Mark Carney, est très impliqué sur la question climatique. Il faut aussi replacer cette partie dans le contexte d’émulation entre les places de Paris et de Londres sur la question de la finance verte. Et dans le contexte du Brexit, même si, en principe cela n’aura pas d’effet sur l’engagement des entreprises britanniques sur le climat. Si l’effort européen sur le sujet est important, la législation britannique, avec notamment la notion de budget carbone, est aussi remarquable.

Le Maroc, chantier de la lutte contre le réchauffement climatique



Comment les entreprises se mobilisent-elles dans la perspective de la mise en œuvre de l’Accord de Paris ?
Les entreprises et les investisseurs discutent par exemple avec les championnes du climat – Laurence Tubiana et Hakima El Haité – nommées par l’UNFCCC pour stimuler l’action de coopération mondiale entre les gouvernements, villes, entreprises, investisseurs et citoyens, en assurant notamment le suivi du LPAA (Plan d’Actions Lima Paris ou Agenda des solutions, qui regroupe les engagements des acteurs autres que les États sur le climat, NDLR). L’objectif est notamment de faire le bilan des bonnes pratiques identifiées dans le secteur privé.
Elles sont aussi mobilisées dans le cadre de l’harmonisation des méthodologies et de l’élaboration des NDC (les contributions nationales climatiques), qui fixeront le cap climatique (et donc les règlementations environnementales) des 195 États qui ont adopté l’accord. Cela a un impact important pour les entreprises qui sont dans une compétition mondiale.
Certaines entreprises veulent aller plus loin et plus vite que les gouvernements, notamment sur la question du prix carbone. Sur le climat, elles sont aussi prêtes à passer des accords avec leurs concurrents pour avancer. C’est le cas de Wal-Mart et Carrefour par exemple au sein du RE100.

La COP22, qui se déroulera début novembre au Maroc et qui est davantage une COP technique, mobilise-t-elle les entreprises ?
Le Maroc est un grand chantier en termes de lutte contre le changement climatique : il a lancé un programme solaire impressionnant et est très attentif à l’agriculture notamment. Cela intéresse les entreprises, les grosses mais aussi les start-up, que le Maroc veut mobiliser. Nous avons d’ailleurs lancé une coordination France-Maroc "Entreprises COP22" pour développer les échanges et les coopérations sur le continent africain dans cette perspective.
Mais plus globalement nous essayons avec le Global Compact France notamment de mobiliser au-delà de la COP22. Nous sommes particulièrement attentifs aux PME, pour qui nous avons créé un club climat spécifique l’an dernier, et que nous allons rencontrer, dans plusieurs villes françaises, à l’occasion d’une tournée "PME et climat".

Aller au contenu principal