Semaine de quatre jours : l’IA ouvre la voie à un nouveau partage du travail

Une vingtaine d'entreprises testent aujourd'hui la semaine de quatre jours en France. @Windows / Unsplash
Une vingtaine d'entreprises testent aujourd'hui la semaine de quatre jours en France. @Windows / Unsplash

Réduire le temps de travail sans baisse de salaire : une vingtaine d’entreprises en font aujourd’hui l’expérimentation en France. Un projet pilote mené par 4jours.work qui voit dans cette nouvelle organisation un levier pour répondre aux enjeux sociaux et écologiques, mais aussi à l’explosion de l’usage de l’IA en entreprise.

C’est un chiffre qui jette une lumière crue sur le bien-être au travail des salariés français. Selon le baromètre 2025 du cabinet spécialisé Empreinte humaine, 47% des travailleurs se déclareraient aujourd’hui en situation de détresse psychologique. Un enjeu de plus en plus pressant auquel tente de répondre l’expérimentation sur la semaine de quatre jours, initiée en France par l’organisme 4jours.work. Lancée en décembre 2024, la première phase de ce projet pilote, rassemblant une vingtaine d’entreprises, associations et coopératives, touche bientôt à sa fin.

Ces derniers mois, toutes ont mis en place une réduction du temps de travail en adéquation avec leurs spécificités. Semaine de quatre jours, quinzaine de neuf jours, semaine de quatre jours saisonnière… « On compte une trentaine de formats de semaines de travail repensées« , explique à Novethic Philippe du Payrat, co-fondateur de 4jours.work. Une fois l’expérimentation finalisée, une analyse sera menée par l’Emlyon business school afin d’évaluer les impacts de cette nouvelle organisation sur le bien-être des équipes, leur productivité, le chiffre d’affaires des sociétés participantes ou encore leur impact environnemental. Selon certains chercheurs, la réduction du temps de travail pourrait en effet contribuer à la transition écologique, en limitant les déplacements domicile-travail et la consommation énergétique des bureaux.

Redonner du temps aux salariés

Mais si l’expérience vise à proposer une alternative à nos modes de travail face à la crise de l’engagement que traversent bon nombre d’entreprises françaises, elle pourrait également permettre de répondre à un nouveau phénomène : le déploiement massif de l’intelligence artificielle (IA). « On dit aux salariés que grâce à cela, on va transformer leur entreprise, la rendre plus efficace. Mais l’IA est souvent perçue soit comme un facteur d’intensification du travail, soit comme une menace pour l’emploi« , observe Philippe du Payrat. Automatisation, génération de contenus, analyse… Alors que l’IA est fréquemment présentée comme un outil permettant de générer des gains de productivité, la question de leur partage devient ainsi centrale : doivent-ils se traduire par davantage de production ou par une réduction du temps de travail ?

Pour le défenseur de la semaine de quatre jours, l’une des solutions consisterait à redistribuer une partie du temps gagné aux salariés. C’est d’ailleurs la voie choisie par Omeva, un cabinet de recrutement et de conseil en ressources humaines prenant part à l’expérimentation française. « Avec l’intégration de l’IA dans nos pratiques métiers, nous avons réussi à économiser du temps que nous avons souhaité donner aux collaborateurs, plutôt que d’être dans un modèle de croissance toujours plus forte », témoigne auprès de Novethic Aurélie Jourdon, co-fondatrice d’Omeva. Depuis l’automne 2025, l’entreprise a ainsi mis en place la semaine de quatre jours et demi et devrait poursuivre l’expérience jusqu’à la fin de l’été.

« Cela s’est vraiment accompagné de tout un projet d’automatisation, d’intégration de l’intelligence artificielle sur certaines tâches, mais aussi d’intelligence collective pour voir de semaine en semaine qu’est-ce que l’on arrivait à faire un peu plus vite ou un peu mieux », ajoute Aurélie Jourdon. Désormais, les six salariés du cabinet disposent librement de leur vendredi après-midi, sans baisse de salaire. Et les résultats ne se sont pas fait attendre : Aurélie Jourdon constate d’ores et déjà une baisse du turn-over et une augmentation de la productivité au sein de son équipe, avec toutefois une petite nuance.

« Nouer un nouveau pacte social »

« 2025 a été une année particulièrement éprouvante, notamment d’un point de vue économique. Dans une période de creux, cela a été assez facile de passer à la semaine de quatre jours et demi. Dans une période qui va peut-être repartir, on va voir si cela s’y prête toujours, se questionne-t-elle. Maintenant, avec le recul, j’ai quand même l’impression que personne dans l’organisation ne ferait un retour en arrière ». Devenu un acquis social, la semaine « repensée » a entraîné une refonte des modes de travail que la dirigeante espère réussir à maintenir quitte à adapter l’organisation de l’entreprise, par exemple en faisant appel à des indépendants lors des pics de demandes de recrutement.

Une conclusion partagée par de nombreuses entreprises ayant pris part au pilote national. « Pour l’instant, elles sont soit dans la poursuite de l’expérimentation, soit dans la pérennisation », précise Philippe du Payrat. Mais 4jours.work ne compte pas s’arrêter là. Pour davantage documenter ces bénéfices et aider les sociétés à sauter le pas, l’organisme ouvre une seconde phase de test. L’objectif : doubler le nombre d’organisations expérimentant une semaine de travail réduite afin d’objectiver le débat sur le temps de travail. Entre crise écologique et crise démographique, « notre modèle nous amène dans le mur, estime Philippe du Payrat. En ouvrant un dialogue sur le partage des gains de productivité et de temps, on peut essayer de nouer un nouveau pacte social ». La semaine de travail réduite pourrait ainsi devenir l’un des outils d’adaptation des entreprises aux transformations économiques, sociales et environnementales en cours.

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