Critiqué pour son manque d’exigence et accusé de complaisance envers certaines multinationales, le label B-Corp dévoile de nouveaux standards plus stricts. Objectif : lutter contre le greenwashing, répondre aux controverses et remobiliser les entreprises réellement engagées dans la transition écologique et sociale.
20 ans après les premières certifications, le label B Corp est en pleine révolution. La certification B Corp, qui vise à rassembler les entreprises qui agissent pour le « bien commun » et s’engagent pour la transition écologique et sociale vient de lancer le 3 février ses nouveaux standards, après cinq années de travail et l’analyse de près de 30 000 retours des parties prenantes. Objectif affiché : renforcer la crédibilité du label, éviter le greenwashing, et engager les entreprises certifiées dans une démarche de progrès continue en matière sociale et environnementale.
« Le monde en 2026 n’est plus celui de 2006, ce qui a poussé à cette évolution qui est la plus significative de l’histoire de B Corp », explique Elisabeth Laville, fondatrice du cabinet spécialisé Utopies, et administratrice de B-Lab France, organisation qui représente B Corp en France. Face au backlash anti-écologie et à la montée des forces réactionnaires, « il faut plus que jamais intensifier l’engagement des entreprises sur les enjeux de durabilité qui sont plus complexes et plus critiques que jamais, et il fallait donc un changement significatif qui permette d’entraîner les acteurs engagés » explique l’experte.
Démarche systémique, progrès continu…
Ce changement significatif, c’est d’abord une transformation profonde du mode de certification. Jusqu’ici, les entreprises certifiées B Corp devaient obtenir une note de 80 sur 200 sur un ensemble de cinq thématiques (environnement, gouvernance, consommation responsable, relation avec les salariés, respect des communautés…). Le processus était critiqué depuis de nombreuses années au sein de la communauté B Corp et au-delà, car il permettait aux entreprises d’obtenir le sésame B Corp en étant bien notées sur un ou plusieurs critères, mais mal notées sur d’autres. Désormais, exit la note globale. Les entreprises certifiées devront répondre à des exigences minimales sur sept thématiques : gouvernance, climat, justice et inclusion, affaires publiques et collectives, droits humains, gestion environnementale et circularité.
« Il faudra que les entreprises certifiées soient engagées de manière systémique, et qu’elles puissent aussi démontrer des progrès d’impact dans le temps », ajoute Elisabeth Laville. Le label prévoit notamment, en respect de la législation européenne dite ECGT (directive visant à donner aux consommateurs les moyens d’agir en faveur de la transition verte), que la certification devra être contrôlée par un vérificateur tiers indépendant, qui effectuera des contrôles réguliers sur les progrès des entreprises certifiées sur les différents indicateurs. Les nouveaux standards intègrent également une évaluation d’indicateurs pour l’heure largement ignorés par la plupart des labels de durabilité : les pratiques de lobbying et de fiscalité. Désormais, les entreprises B Corp devront donc montrer patte blanche sur la manière dont leurs pratiques d’influence contribuent à la transformation durable (par exemple en soutenant les législations de transition écologique et sociale), mais également sur leur responsabilité fiscale.
Rassembler les pionniers face au backlash
Le label prévoit aussi de limiter la part du chiffre d’affaires issue de secteurs jugés problématiques au regard de la transition écologique et sociale : énergies fossiles, tabac, ou encore armement. Avec ces nouveaux critères, B Corp entend aussi répondre aux critiques et aux polémiques dont le label a été l’objet ces dernières années. « Il faut un principe de cohérence, on ne peut pas être B Corp et faire du lobbying anti Green Deal ou travailler avec les entreprises les plus polluantes », analyse Elisabeth Laville, en référence notamment à la controverse autour de l’agence de communication Havas, qui avait perdu en 2025 sa certification B Corp après avoir signé un contrat avec le géant pétrolier Shell.
En réhaussant la barre des exigences, B Corp se fixe ainsi comme objectif de devenir « le catalyseur de la minorité active des entreprises qui continuent à agir vraiment pour la transformation durable », explique Elisabeth Laville. « On sait qu’on ne va pas convaincre les réfractaires, donc il faut que nos standards soient très exigeants pour rallier les pionniers et continuer à cartographier les chemins de progrès », analyse-t-elle.
Des critiques toujours vives
Si B Corp entend ainsi se positionner comme le label de référence des acteurs économiques les plus vertueux, ces nouveaux standards n’ont pour autant pas éteint toutes les critiques formulées à l’égard de la certification. Il y a quelques jours, l’agence de communication engagée canadienne Emdash annonçait ainsi se retirer du label qu’elle avait obtenu en 2015. En cause ? La présence parmi les entreprises certifiées de multinationales comme Nestlé (Nespresso est certifié B Corp) ou Unilever, pourtant accusées de violation des droits humains ou des droits environnementaux. « Nous comprenons que B Corp ait revu et adapté les normes […], cependant, nous estimons que cela ne traite pas suffisamment l’impact de ces certifications sur l’intégrité perçue ou réelle de la certification B Corp », a ainsi déclaré Caitlin Kealey, PDG d’Emdash. L’an dernier, le fabricant de produits d’hygiène bio Dr Bronner’s avait aussi abandonné le label, estimant que « les multinationales cherchent à tirer profit du système » pour redorer leur image. Plusieurs autres marques certifiées ont également multiplié les alertes ces dernières années sur la présence dans la communauté B Corp d’entreprises controversées.
Face à ces critiques, B Corp poursuit ses réflexions et consultations pour encore mieux intégrer la question des modèles d’affaires dans sa certification, assure Elisabeth Laville. « Le label évolue en permanence, car on veut faire changer la culture dans les entreprises, mais aussi l’environnement réglementaire, en montrant que la transformation durable, c’est possible », résume-t-elle