Qui aurait pu prédire la fronde contre les ZFE ? Dès leur lancement, les Zones à faibles émissions, qui restreignent l’accès à certaines zones aux véhicules les plus polluants, ont suscité de très nombreuses critiques. Très vite, elles ont été rebaptisées « Zones de forte exclusion ». Et pour cause.
Si l’objectif de départ était louable – lutter contre la pollution de l’air dans les grandes villes, et au passage, limiter les amendes imposées par la Cour de justice européenne et le Conseil d’Etat pour non-respect des normes sur la qualité de l’air – la mise en place des ZFE, les Zones à faibles émissions, s’est révélée chaotique. Elle a surtout mis en lumière le fossé qui ne cesse de se creuser entre une classe politique qui semble hors-sol et une partie de la population qui se sent méprisée.
Selon l’enquête « Mobilité des personnes » de l’Insee, réalisée tous les dix ans, 38 % des ménages les plus pauvres possédaient en 2019 un véhicule classé Crit’Air 4 ou 5 (soit les plus polluants) contre seulement 10 % parmi les ménages les plus aisés. On comprend alors rapidement que ce sont les plus modestes qui vont subir de plein fouet la mesure. Cela aurait pu être anticipé, avec des aides spécifiquement dédiées, avec une meilleure communication, un débat de société. Mais au lieu de cela, nous avons assisté à un passage en force.
Les ZFE — rappelons-le, bénéfiques à la fois pour la planète et pour la santé (la pollution de l’air cause chaque année 40 000 décès en France) — sont ainsi devenues l’étendard de « l’écologie punitive », dénoncée par une partie de la droite et de l’extrême droite. Elles alimentent ce sentiment « d’écolophobie » décrit par Eric Aeschimann dans son livre « Les Vipères ne tombent pas du ciel, l’écologie au défi des classes populaires » (1).
Le sujet est éminemment politique, et explosif : il touche à l’une de nos libertés fondamentales, celle de se déplacer. Il est donc indispensable, comme pour toute mesure écologique, d’y associer l’ensemble de la population. Et surtout de commencer par transformer l’écosystème — aides à la transition, développement des transports en commun — avant de prononcer la moindre interdiction.
Un temps menacées de suppression, les ZFE ont finalement bénéficié d’un sursis : le gouvernement a repoussé l’examen du texte au Parlement prévu cette semaine, le temps de trouver un « compromis ». Profitons des municipales pour élargir le débat et construire un véritable compromis, en dehors de l’hémicycle.
(1) publié en septembre 2025, aux Editions Les liens qui libèrent.