TikTok, Instagram, Snapchat… : l’économie de l’attention coûte déjà 0,6 point de PIB par an à la France

Les salariés passeraient entre 20 minutes et 2h30 sur leur smartphone pendant leur journée de travail. @AdemAY / Unsplash
Les salariés passeraient entre 20 minutes et 2h30 sur leur smartphone pendant leur journée de travail. @AdemAY / Unsplash

Dégradation de la santé mentale, détérioration du sommeil, troubles psychologiques, absentéisme, perte de temps productif… Le temps que nous passons à scroller chaque jour sur les écrans a déjà des impacts sur le PIB qui sont loin d’être négligeables.

Snapchat, TikTok, Instagram, YouTube… Scroller de façon compulsive sur ces plateformes pourrait bien finir par nous coûter cher. Selon une étude de la Direction générale du Trésor, publiée en septembre dernier, l’économie de l’attention (réseaux sociaux, plateformes de partage de vidéos, messageries en ligne, services publicitaires), engendre déjà une perte de 0,6 point de PIB par an. A terme, ce sont 2 à 2,9 points de PIB qui pourraient s’envoler chaque année.

En cause, la dégradation de la santé mentale liée à la surexposition aux écrans et à l’utilisation des réseaux sociaux, qui engendre des troubles du sommeil et de l’humeur. Ses coûts directs (soins médicaux, etc.) et indirects (absentéisme au travail, retraite précoce…) sont évalués à 0,2% du PIB. A cela s’ajoute la perte de temps productif. Des études estiment que les salariés passent entre vingt minutes et deux heures et demie de leur journée de travail à consulter leur smartphone pour des raisons non professionnelles. Soit un coût estimé à 0,4% du PIB.

Détérioration des capacités cognitives des enfants

Mais c’est à plus long terme que les impacts seraient les plus importants. L’auteur de l’étude, Solal Chardon-Boucaud, alerte sur la détérioration des capacités cognitives des enfants, surexposés aux écrans et aux réseaux sociaux. Cela aurait pour conséquence de réduire leur productivité future lorsqu’ils seront entrés sur le marché du travail. Selon les dernières données disponibles, en 2022, les 11-14 ans passaient en moyenne 1h42 par jour sur les réseaux sociaux et messageries et les 15-24 ans 2h19.

« De nombreuses études mettent en évidence que la forte exposition aux écrans dès le plus jeune âge, et en particulier l’utilisation des réseaux sociaux et du smartphone, a un impact particulièrement fort sur les capacités d’attention, de mémorisation et les compétences langagières des enfants, explique l’auteur. Au plan économique, l’impact sur les performances scolaires est le plus dommageable à long terme. »

Toutefois, plusieurs mesures de politique publique pourraient permettre de réduire les effets néfastes générés par l’économie de l’attention. Ainsi, au niveau européen, le Règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), adopté en 2022, vise à limiter les fonctionnalités les plus addictives des grandes plateformes de l’économie de l’attention. Il impose aux très grandes plateformes d’évaluer si leurs services présentent des risques systémiques en termes de dépendance et d’impact sur la santé mentale des utilisateurs.

Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans

En juillet 2025, la Commission a publié ses lignes directrices concernant l’article 28 du DSA, relatif à la protection des mineurs. Outre le contrôle de l’âge, ces lignes directrices interdisent notamment aux plateformes d’appliquer aux mineurs certaines techniques particulièrement addictogènes, comme les fils de défilement infinis. Elles ont également ouvert la voie à une interdiction effective des réseaux sociaux aux moins de 15 ans en droit national.

En France, le Sénat a adopté mi-décembre à l’unanimité un texte qui interdit l’accès des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 13 ans. De son côté, le gouvernement souhaite interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès la rentrée prochaine, selon un projet de loi consulté par Le Monde et qui doit être discuté au Parlement début 2026.

Des mesures additionnelles concernant l’encadrement des fonctionnalités les plus addictives en ligne (par exemple une interdiction des « coffres à butin » sur les jeux mobiles) pourraient aussi potentiellement être prises dans le cadre du futur règlement sur l’équité numérique (Digital Fairness Act), sur lequel travaille actuellement la Commission européenne.

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