Vestiaire Collective a lancé discrètement ses premiers crédits carbone volontaires. La start-up spécialiste de la seconde main de luxe se base pour cela sur les émissions de gaz à effet de serre évitées grâce à son modèle circulaire. Une initiative inédite observée de près par les experts du secteur.
C’est une première dans la filière de la mode circulaire. Après s’être engagé contre la fast-fashion en bannissant une vingtaine de marques de sa plateforme, l’entreprise spécialiste de la seconde main de luxe, Vestiaire Collective, propose désormais la vente de crédits carbone volontaires. Selon le rapport d’impact publié par la start-up pour l’année 2025, 87% des produits acquis par le biais de ses services remplaceraient un achat qui auraient été réalisé, sans cela, en neuf. Une donnée qui permet à Vestiaire Collective de calculer les émissions de gaz à effet de serre évitées grâce à son modèle d’affaires.
« Cela fait cinq ans que les équipes travaillent sur une méthodologie pour prouver que nous avons un impact positif sur l’environnement », avance Bernard Osta, directeur général de Vestiaire Collective lors d’une table ronde organisée à l’occasion du lancement de l’initiative. Pour cela, la start-up a collaboré avec le cabinet spécialisé Inuk afin de construire un standard s’appuyant sur une douzaine de mesures, certaines relevant de l’analyse du comportement de leur clientèle européenne.
55 000 crédits carbone
Parmi ces paramètres sont donc pris en compte le taux de substitution de vêtements neufs, mais aussi la durée de vie moyenne des articles d’occasion ou encore l’effet rebond, c’est-à-dire l’augmentation potentielle de la consommation liée à la vente de produits de seconde main, évalué à 12%. La méthodologie intègre également l’impact des pièces achetées en seconde main sur le climat et les ressources planétaires. « Lorsque les consommateurs achètent un article sur Vestiaire Collective plutôt qu’un article neuf, 90% de l’impact environnemental est évité », détaille l’entreprise dans son rapport. De manière globale, la start-up affirme éviter « 3,4 fois plus d’émissions » qu’elle n’en génère.
Grâce à ces données, Vestiaire Collective a ainsi pu émettre 55 000 crédits carbone pour les années 2023 et 2024, chaque crédit correspondant à une tonne de CO2 évitée et vendu à 34 euros. « En monétisant les émissions évitées, nous ouvrons une nouvelle source de revenus qui, à son tour, alimentera l’impact et la croissance de notre modèle commercial durable », indique l’entreprise. Concrètement, ces fonds doivent permettre de soutenir une partie des activités de Vestiaire Collective, comme l’authentification des articles et la gestion du catalogue. Ils visent en outre à développer des projets de marketing d’impact permettant de sensibiliser les consommateurs. « Il y a toute une partie éducationnelle, non pas pour acheter plus mais différemment », explique à Novethic Hortense Pruvost, responsable impact chez Vestiaire Collective.
Financer la transition de la filière
Avec ce projet, la start-up s’adresse à des entreprises souhaitant contribuer financièrement à la transition écologique de la filière. « Par définition, le marché volontaire du carbone repose sur du ‘goodwill’ climatique, considère Hortense Pruvost. Nous allons donc particulièrement cibler des acteurs proches de nous, notamment dans la mode et la French tech ». Vestiaire Collective précise par ailleurs conserver un « droit de veto sur la communication » des acheteurs. Car le dispositif fait régulièrement l’objet de critiques, certaines entreprises profitant par exemple de l’achat de crédits carbone pour se déclarer neutres en carbone. Une pratique qui relève du greenwashing.
L’initiative soulève néanmoins des doutes de la part d’experts du secteur. « C’est à double tranchant : émettre des crédits carbone peut permettre à Vestiaire Collective de faire de la publicité, mais d’un autre côté, ces émissions évitées ne pourront plus lui être attribuées une fois revendues, puisqu’elles seront alors revendiquées par l’entreprise qui a acheté les crédits », rappelle Florian Zito, chef de projet au sein de Carbone 4, interrogé par Novethic. Le message diffusé au travers du projet pose également question. « Il n’est pas logique de générer des crédits carbone à partir de la consommation de mode, même d’occasion, estime de son côté Khaled Diab, directeur de la communication de l’association Carbon Market Watch. Cette approche récompense la consommation, et non la réduction. Elle envoie un mauvais signal en suggérant que le fait d’acheter plus de vêtements, même d’occasion, contribue à lutter contre le changement climatique ». Mais pour Hortense Pruvost, il s’agit avant tout de « pérenniser » le modèle circulaire de Vestiaire Collective. « Aujourd’hui, le marché carbone est le seul levier très concret permettant de financer la transition », conclut-elle.