La COP30 de Belém s’est achevée sur un sentiment d’échec samedi 22 novembre. L’accord final ne mentionne plus de feuille de route pour une sortie des énergies fossiles malgré une forte coalition de pays volontaires. Ces-derniers se donnent rendez-vous en Colombie en 2026, hors du cadre onusien.
En deux semaines, nous sommes passés de l’espoir à la désillusion. Dès l’ouverture de la COP30, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a plaidé pour la mise en place d’une feuille de route (roadmap) de sortie progressive des énergies fossiles. Celle-ci permettrait à chaque pays de décrire la manière dont il va concrètement sortir des énergies fossiles. Le sujet n’avait plus été abordé depuis deux ans, après qu’une transition progressive hors des énergies fossiles avait été actée à la COP28 de Dubaï en 2023.
Tout au long du sommet, cette feuille de route a été en haut de l’agenda, portée par une poignée de pays au départ puis près de 90 à la fin des négociations. L’espoir était grand de la voir apparaître dans la décision finale de la COP30, la « décision Mutirão ». Elle a de fait un temps été mentionnée dans l’une des versions du projet de texte présentée en milieu de semaine dernière pour finalement disparaître, provoquant l’indignation de nombreux pays. L’Union européenne a même menacé de bloquer l’adoption de l’accord si celui-ci ne mentionnait pas la feuille de route, avant de se raviser face au risque d’être accusé de bloquer tout le processus.
Sommet historique en Colombie
La désillusion a donc été immense lorsque samedi 22 novembre, après une nouvelle nuit blanche de négociations, la décision finale de la COP adoptée dans l’après-midi ne mentionnait plus ni cette feuille de route ni même les énergies fossiles. Les termes sont tout simplement absents du texte. A la place, il est seulement fait mention du consensus de Dubaï. Un « Accélérateur mondial de mise en œuvre » est également proposé, initiative volontaire qui fera l’objet de deux sessions de travail en juin et en novembre 2026 avant la remise d’un rapport à la COP31, organisée en Turquie sous présidence australienne.
Mais ce n’est pas la fin de la partie. Car la COP aura permis de montrer qu’une partie des pays souhaite tout de même avancer. Y compris en dehors du processus officiel de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique). Ils sont emmenés par la Colombie, signataire en 2023 du Traité de non-prolifération des énergies fossiles. Le pays va organiser avec les Pays-Bas un sommet historique sur la transition juste hors des combustibles fossiles, les 28 et 29 avril 2026.
« Les règles de procédure de la CCNUCC sont clairement enfreintes. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre une année de plus pour un nouveau signal politique faible pendant que les communautés brûlent et se noient », a souligné Kumi Naidoo, président de l’Initiative du Traité sur les combustibles fossiles. « La conférence internationale sur l’élimination des énergies fossiles est la première étape vers un avenir viable. Un traité sur les énergies fossiles est la feuille de route dont le monde a besoin, et les dirigeants ont échoué à la mettre en œuvre pour ‘délivrer à Belém’ », a également réagi Nikki Reisch, directrice du programme Climat et Énergie du Centre pour le droit international de l’environnement (CIEL).
Mécanisme de transition juste
Si la COP30 a été un échec sur la progression du langage concernant les énergies fossiles, elle a toutefois permis d’obtenir une avancée significative en adoptant un Mécanisme de transition juste, revendication portée depuis plusieurs années par la société civile. L’objectif de ce nouvel organe est d’améliorer le partage de connaissances et de savoir-faire pour éviter que les transitions énergétiques et écologiques ne pénalisent certaines catégories de populations.
« Une des victoires de cette COP est la reconnaissance des droits de toutes les personnes et pays qui vont devoir être accompagnés et soutenus dans la transition vers un monde durable », commente Nakfote Dabi, responsable des politiques climatiques au sein d’Oxfam International. « Pour la première fois, les droits du travail, les droits de l’homme, le droit à un environnement propre, le consentement libre, prévoyant et informé, ainsi que l’inclusion des groupes marginalisés sont tous reconnus comme essentiels à la réalisation d’une action climatique plus ambitieuse », complète Anabella Rosemberg, responsable de Just Transition chez Climate Action Network International.
Sous pression de la Chine, la « décision Mutirão » consacre également pour la première fois dans l’histoire des COP un volet au commerce. Les tensions commerciales mondiales (droits de douane, taxe carbone aux frontières…) vont faire l’objet d’un « dialogue » pendant trois ans dans l’enceinte des négociations climatiques. Le texte prévoit aussi un triplement de l’aide financière pour l’adaptation climatique des pays en développement d’ici 2035, sans toutefois donner de chiffres précis. Enfin sur la question de la déforestation, qui devait être au cœur de cette première COP amazonienne, là aussi, c’est la déception qui l’emporte. Une feuille de route sera lancée mais en dehors de la COP. De quoi fragiliser encore un peu plus la crédibilité de ce processus qui évite chaque année le déraillement de justesse.