Amazon interdit à la police américaine d’utiliser sa technologie de reconnaissance faciale pendant un an

Des associations saluent la reconnaissance par Amazon des dangers que pose la reconnaissance faciale pour les personnes de couleur. - @Amazon
Des associations saluent la reconnaissance par Amazon des dangers que pose la reconnaissance faciale pour les personnes de couleur. – @Amazon

Mis sous pression par des associations de lutte contre le racisme, Amazon vient d’annoncer qu’il suspendrait temporairement sa collaboration avec la police américaine. Celle-ci ne pourra plus utiliser le logiciel de reconnaissance faciale du géant américain pendant un an, le temps que le Congrès adopte des mesures pour une utilisation plus éthique de ces outils. Ces systèmes de surveillance sont accusés de cibler de manière disproportionnée les personnes noires. 

Amazon a décidé d’interdire à la police américaine d’utiliser son logiciel de reconnaissance faciale Rekognition pendant un an. "Nous prônons des régulations plus strictes des gouvernements sur le recours éthique aux technologies de reconnaissance faciale, et le Congrès semble prêt à relever le défi", a indiqué le géant du commerce en ligne dans un communiqué. La Chambre des représentants, à majorité démocrate, a présenté une loi qui vise à changer la culture au sein de la police des Etats-Unis, en créant notamment un registre national pour les policiers commettant des bavures, en facilitant les poursuites judiciaires contre les agents et en repensant leur recrutement et formation.
Depuis la mort de George Floyd, un Afro-Américain asphyxié par un policier blanc il y a deux semaines, les entreprises, ainsi que les autorités locales et nationales, tentent de réagir à la pression de la rue et des réseaux sociaux. Les manifestants exigent notamment des réformes en profondeur de la police et des systèmes de surveillance, dont ils estiment qu’ils ciblent les personnes noires de façon disproportionnée. "Nous espérons que ce moratoire d’un an donnera au Congrès suffisamment de temps pour mettre en place des règles appropriées", a ajouté Amazon.  
Deux ans de pression
Des organisations, comme la puissante American Civil Liberties Union (ACLU), appellent depuis deux ans Amazon à cesser de fournir sa technologie de reconnaissance faciale aux forces de l’ordre. La pression est montée d’un cran mardi 9 juin, quand des associations de lutte contre les inégalités raciales ont exhorté le géant à cesser toute collaboration technologique avec la police américaine. Dans leur pétition mise en ligne, elles accusent le groupe de Seattle "d’alimenter et de profiter de l’injustice systématique, des inégalités et des violences contre les communautés noires".  
"Amazon a longtemps cherché à être la colonne vertébrale technologique de la police et de l’ICE (police de l’immigration, ndlr) en promouvant activement Amazon Web Services (cloud), son logiciel de reconnaissance faciale (Rekognition) et ses caméras de surveillance (Ring)", indique Athena, un collectif d’associations qui interpellent le groupe sur les impacts négatifs de ses diverses activités. Les caméras Ring servent à assurer la sécurité des particuliers, mais leurs propriétaires peuvent donner s’ils le souhaitent accès à la surveillance vidéo à la police.  
"Il aura fallu deux ans à Amazon pour en arriver là, mais nous sommes heureux que l’entreprise ait enfin reconnu les dangers que pose la reconnaissance faciale pour les personnes de couleur, ainsi qu’en termes de droits civils en général", a réagi Nicole Ozer, directrice des technologies et libertés pour une branche californienne de l’ACLU. Elle voudrait que la multinationale cesse aussi de vendre les caméras Ring "qui alimentent les interventions policières excessives contre les personnes de couleur".  
IBM s’engage aussi
Amazon avait reconnu en octobre que, "comme toutes les technologies", la reconnaissance faciale pouvait être "mal utilisée". Elle avait assuré que ses équipes fournissaient des indications à tous les clients du (logiciel) Rekognition, "y compris les forces de l’ordre, sur la bonne manière de s’en servir". Le groupe de Jeff Bezos a précisé que le moratoire ne s’appliquerait pas aux organisations qui se servent de Rekognition pour sauver des victimes de trafics d’êtres humains ou retrouver des enfants disparus, comme Thorn ou l’International Center for Missing and Exploited Children.  
IBM vient également d’annoncer la suspension de la vente de ses logiciels de reconnaissance faciale à des fins d’identification et s’est "opposé à l’utilisation de toute technologie à des fins de surveillance de masse, de profilage racial et de violations des droits et libertés humaines de base". Lors d’un discours à Bruxelles en janvier, Sundar Pichai, le patron de Google, avait expliqué que le groupe ne fournirait pas de service clé en main de reconnaissance faciale tant que des règles et garde-fous n’étaient pas mis en place par les autorités.
Le 12 juin, Microsoft s’est aligné sur ses concurrents. Le géant a annoncé lui aussi refuser à la police américaine l’accès à sa technologie de reconnaissance faciale en l’absence de législation. "Nous ne vendons pas notre technologie de reconnaissance faciale à des services de police américains à l’heure actuelle, et tant qu’il n’y aura pas de législation fédérale solide basée sur les droits de l’Homme, nous ne vendrons pas cette technologie aux forces de l’ordre", a déclaré au Washington Post Brad Smith, un haut responsable de Microsoft.
La rédaction avec AFP

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