Et si le télétravail devenait un droit ? L’Australie pourrait montrer l’exemple

Partout dans le monde, de plus en plus d'entreprises reviennent sur le télétravail. @Thought Catalog / Unsplash
Partout dans le monde, de plus en plus d'entreprises reviennent sur le télétravail. @Thought Catalog / Unsplash

L’Etat de Victoria, en Australie, pourrait bientôt inscrire le droit à télétravailler au moins deux jours par semaine dans une loi. Une initiative unique qui répond aux nouvelles attentes des salariés, mais qui ne ravit pas les entreprises. Partout dans le monde, elles sont de plus en plus nombreuses à revenir sur cette organisation du travail.

A rebours de la tendance générale d’un retour au bureau pour toutes et tous, l’Australie fait un pas vers une législation sur le télétravail. L’Etat de Victoria, l’un des plus peuplés du pays, prépare en effet une loi permettant à tous les salariés des secteurs privé et public de travailler à distance, au moins deux jours par semaine. « Si vous pouvez faire votre travail depuis chez vous, nous ferons en sorte que cela devienne votre droit », affirme Jacinta Allan, première ministre de Victoria.

Selon un sondage mené au mois d’août, 64% des habitants de l’Etat de Victoria soutiennent la disposition. Le gouvernement travailliste, qui porte la mesure, a ainsi lancé une consultation portant sur la définition du travail à distance, le type d’entreprises qui pourraient le mettre en place et les salariés qui pourraient en bénéficier. Le projet pourrait ensuite conduire à l’adoption d’une loi par le parlement dans le courant de l’année prochaine.

« Tout le monde peut en tirer profit »

« Même si tout le monde ne peut pas travailler à domicile, tout le monde peut néanmoins en tirer profit », estime Jacinta Allan. Selon des éléments partagés par le gouvernement, le télétravail offrirait la possibilité aux Australiens d’économiser en moyenne 5 300 dollars par an et de gagner trois heures par semaine en évitant les déplacements. Il permettrait également aux femmes avec enfants, aux proches aidants ou encore aux personnes en situation de handicap de continuer à travailler.

Sans surprise, la disposition n’a pas provoqué l’enthousiasme des entreprises situées dans l’Etat. Elles y voient selon un article du Financial Times une mesure « inutile, préjudiciable à l’économie et potentiellement inconstitutionnel » et affirment qu’elle pourra entraîner des pertes d’emplois. « Si l’Etat de Victoria s’écarte du  cadre législatif national, les entreprises déménageront dans d’autres Etats et des emplois seront perdus, avance Paul Guerra, directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie de Victoria. Si nous voulons que les entreprises soient productives et améliorent les perspectives économiques de tous les habitants de cet Etat et de ce pays, nous devons leur laisser le champ libre ».

Mobilisations sociales

L’avancée du projet devrait en tout cas être scrutée avec attention, la question du télétravail étant remise en cause dans de nombreux pays. En France, les employés de Free, Société Générale, Stellantis ou encore Axa se sont vu imposer ces derniers mois un retour forcé au bureau. Une décision difficile à accepter pour les équipes, qui vient s’ajouter à un contexte social parfois tendu. Fin 2024, les employés d’Ubisoft entamaient par exemple un mouvement de grève pour dénoncer le retour obligatoire dans leurs locaux au moins trois jours par semaine. Leur crainte : se voir pousser vers la sortie en cas de refus. « C’est un plan social déguisé », alertait alors l’un des délégués syndicaux du studio de jeux vidéo.

Quelques mois plus tard, les salariés de la Société Générale organisaient une journée « tous sur site » afin de pointer du doigt l’impossibilité logistique de la fin du télétravail. « Ce passage en force intervient dans un contexte de tensions sociales déjà fortes, marqué par les restructurations, les suppressions de postes et les transformations incessantes », expliquait Force Ouvrière dans un communiqué. Devenue une « forme usuelle d’organisation du travail », le télétravail constitue ainsi un acquis pour une partie des salariés. Dans une enquête nationale publiée mi-octobre, l’Observatoire du télétravail révèle que 51% des salariés aimeraient davantage travailler depuis chez eux. 54% d’entre eux affirment par ailleurs qu’ils démissionneraient en cas de suppression du travail à distance par leur employeur.

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