A un an de la Conférence Climat organisée à Paris, la diplomatie française s’active en coulisses pour commencer à bâtir un accord. François Hollande en a fait une affaire personnelle. Mais les alliés de la France, au premier rang desquels se trouvent Barack Obama, sont aussi des concurrents bien décidés à imposer leur propre tempo.
Sur le carton d’invitation, la France est l’hôte de la COP21 à Paris. Mais pas question de se limiter au service des petits fours, prévient en coulisses la diplomatie tricolore. François Hollande est bien décidé à prendre les choses en main pour faire de ce rendez-vous un succès tout à la fois environnemental et personnel, qui redonnerait des couleurs à la fin de son mandat.
De l’autre côté de l’Atlantique, Barack Obama a la même ambition: il quittera la Maison-Blanche dans deux ans et répète à l’envi que ce sont les Etats-Unis qui ont une "responsabilité unique" dans la guerre contre le changement climatique.
Quand Washington prend des gants avec la COP21
Pour l’instant, Français et Américains assurent travailler main dans la main. Quand, au petit matin du 12 novembre dernier, la Maison-Blanche a annoncé un accord "historique" avec la Chine sur les émissions de gaz à effet de serre, l’équipe de Todd Stern, le Monsieur climat de l’administration américaine, avait pris soin auparavant d’appeler Paris pour s’accorder sur les termes du communiqué.
Et de fait, le deuxième paragraphe de ce texte ressemble à un exercice d’équilibriste pour ne pas bousculer l’agenda de la COP21: il souligne l’importance de "renforcer la coopération bilatérale avec la Chine" tout en insistant sur la nécessité de "travailler ensemble, et avec d’autres pays, pour adopter un (texte) à Paris en 2015". Laurence Tubiana, l’ambassadrice française chargée des négociations sur le changement climatique, nommée représentante spéciale pour cette COP21, insiste sur l’explication de texte: "entre les lignes, l’accord sino-américain signifie: ‘nous voulons un accord à Paris en 2015’".
Côté français, on redouble de diplomatie
Depuis des mois, côté français, on fait tout pour ne pas froisser l’allié américain et pour s’assurer de son engagement. "Confiance", c’est le maître mot de Laurence Tubiana, dont le titre de "professeure invitée" à l’université de Columbia séduit aux Etats-Unis. Dans son sillon, à Washington, une petite équipe de diplomates organise des rencontres avec des responsables de grandes entreprises américaines, de think tank, d’ONG (organisations non gouvernementales) ou encore des élus locaux. Pour simplement "prendre la température".
Cet automne aux Etats-Unis, une série de débats autour du climat a aussi été organisée par la diplomatie tricolore. Avec la volonté affichée de ne pas passer pour des donneurs de leçons. Parmi les invités, il y avait ainsi à chaque fois des scientifiques des deux nationalités.
"Confiance", vous avez dit "confiance" ?
Mais ce climat de "confiance" est-il à toute épreuve? Car si 2014 a été l’année de la "sensibilisation", 2015 sera celle de la négociation. Et les points d’achoppement ne manquent pas. Washington a déjà tracé deux lignes rouges à ne pas franchir. Les négociateurs américains ont d’abord prévenu qu’il faudrait trouver un tour de passe-passe pour ne pas avoir à signer un texte nécessitant une ratification. La nouvelle majorité républicaine au Congrès complique sans doute encore un peu plus la donne.
Autre écueil en vue: les diplomates américains ont aussi glissé que la bataille serait serrée autour du Fonds vert pour le climat. Barack Obama a bien promis une contribution de 3 milliards de dollars, mais il n’a pas encore précisé comment il comptait débloquer cette somme. Avec ces éléments en tête, à charge ensuite pour la France d’aller voir les autres pays participant à la COP21 pour leur présenter les conditions d’un compromis à la sauce américaine.
Car la France n’a sans doute pas les moyens d’imposer un traité. Grâce à l’accord signé avec la Chine, Barack Obama a, lui, un peu plus de poids à mettre encore dans la balance. "Le président américain veut laisser une trace dans l’Histoire. Il a parlé à plusieurs reprises de ses enfants, des générations futures à qui il ne veut pas léguer une planète inhabitable", décrypte Timmons Roberts, professeur à l’université Brown. Un diplomate français en convient: "même en organisant la Conférence à Paris, on ne pourra pas rivaliser avec le poids, climatique ou diplomatique, des Etats-Unis".