Inde : l’écologie n’est (toujours) pas une priorité

Vue de Mumbai (Bombay) sous la pollution - © AFP
Vue de Mumbai (Bombay) sous la pollution – © AFP

Pour le tout nouveau chef du gouvernement Narendra Modi, l’urgence est à la relance économique, la protection de l’environnement passe après. Le ministre de l’Environnement devra avant tout délivrer des autorisations d’exploitation à des projets industriels et d’infrastructures.

Singulier portefeuille que celui du nouveau ministre indien de l’Environnement, Prakash Javadekar. Le Premier ministre Narendra Modi a nommé l’ancien porte-parole de son parti "ministre de l’Environnement, des Forêts et du Changement climatique", mais aussi "ministre de l’Information et de la Communication" et "des Affaires parlementaires".
Pourtant, avant l’annonce de la formation du gouvernement, des informations circulaient selon lesquelles l’Environnement serait couplé avec les Ressources en eau et les Sciences de la Terre. Mais Prakash Javadekar devra finalement compter sans ces domaines, tandis que les énergies renouvelables, le développement rural et la régénération du Gange sont placés sous l’autorité d’autres ministères.
Outre ses marges de manœuvre réduites, le nouveau ministère de l’Environnement ne fait toujours pas partie du "Cabinet", le groupe de ministres resserré qui détient le pouvoir exécutif en Inde. Prakash Javadekar est "ministre d’Etat", un statut inférieur, mais qui préserve son indépendance, car sans ministère de tutelle. "Depuis que l’Inde s’est dotée d’un ministère de l’Environnement il y a trente ans, ce scénario n’a pas changé. Cependant, les inquiétudes environnementales, elles, n’ont cessé de grandir, et il est difficile de mettre en place des actions décisives si l’on n’est pas intégré au Cabinet", commente Souparno Banerjee, directeur de programme au Centre pour la science et l’environnement (CSE), un think tank basé à New Delhi.

"Atteindre un équilibre entre la croissance et la protection de l’environnement"



"Nous avons besoin de croître. Nos émissions net [de gaz à effet de serre] pourraient augmenter", a déclaré le ministre de l’Environnement Prakash Javadekar lors de la journée mondiale de la lutte contre la désertification, le 18 juin. "Nous devons réduire nos émissions de CO2. Mais l’Inde n’a pas créé ce problème […]. L’Inde et les pays en développement ont un droit à la croissance. Ce sont des économies émergentes", a-t-il plaidé.
Priorité à la croissance, donc : sa principale fonction consistera à délivrer les "green clearances", ces autorisations environnementales nécessaires à la réalisation de projets industriels et d’infrastructures. Son prédécesseur, Veerappa Moily, en avait lui-même délivré des dizaines lors de son passage éclair à l’Environnement (de décembre 2013 à mai 2014), en parallèle de son mandat de…  ministre du Pétrole et du Gaz naturel.
Prakash Javadekar vient d’ailleurs de présenter une nouvelle procédure de demande en ligne de ces autorisations, avec l’objectif de rendre le processus "plus prévisible, transparent et rapide" pour les entreprises, "afin d’atteindre un équilibre entre la croissance et la protection de l’environnement".
Mais pour Souparno Banerjee, du CSE, ce lifting numérique ne change rien : "Le gouvernement indien a autorisé quasiment tous les projets, ces dernières années. Ainsi, entre 2007 et 2011 le feu vert a été donné à 8 284 projets, autorisant la déforestation de plus de 200 000 hectares de terrain." Dans une note de recommandations, le CSE appelle le gouvernement à "aller au-delà des autorisations de projets ; à prendre des mesures urgentes afin de régler la pollution de l’air et de l’eau ; d’assainir et régénérer les forêts et les ressources en eau, ainsi que de fournir à tous un accès aux énergies propres".

13 villes indiennes sont dans le Top 20 des plus polluées du monde



Le défi est de taille : l’Inde fait régulièrement figure de cancre dans les classements internationaux liés à l’environnement. Ainsi, d’après la base de données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la pollution de l’air, 13 des 20 villes les plus polluées au monde sont indiennes. L’année dernière, un autre classement de la Banque mondiale a placé l’Inde au 126e rang sur 132 pour ses performances environnementales et sa pollution atmosphérique. D’après les calculs du CSE, seulement 3 % de l’électricité produite dans le pays provient des énergies renouvelables et 306 millions d’Indiens n’ont toujours pas accès à l’électricité.
Prakash Javadekar, ministre de l’Environnement et du Changement climatique, a d’ailleurs affirmé, ce même 18 juin : "A moins que nous éradiquions la pauvreté, nous ne pourrons pas répondre au problème du changement climatique". Avant de qualifier la pauvreté de "désastre environnemental".  Quelque temps auparavant, pourtant, il rappelait l’importance de l’engagement de l’Inde dans la prochaine conférence mondiale sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre 2015 (COP 21). "Une chose est sûre, le ministre semble réellement intéressé par le sujet", reconnaît Souparno Banerjeee.  
Sa faible latitude d’action ne laisse que peu d’espoir aux écologistes, d’autant que Narendra Modi, qui aime à se présenter comme le "PDG" de l’Inde, ne fera pas de concession sur la croissance.

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