Pourquoi le pavillon n’est pas forcément une aberration écologique

L'Atelier Parisien d'Urbanisme a passé à la loupe les 416 500 habitats pavillonnaires de la petite couronne parisienne pour connaître leur impact écologique. - @Paul Kapischka / Unsplash
L'Atelier Parisien d'Urbanisme a passé à la loupe les 416 500 habitats pavillonnaires de la petite couronne parisienne pour connaître leur impact écologique. – @Paul Kapischka / Unsplash

Energivore, consommatrice d’espace, dépendante à la voiture… La maison individuelle cumule les tares. Pourtant, elle n’a pas dit son dernier mot. L’association APUR souligne l’avantage des habitats pavillonnaires pour préserver la végétation. Un atout face au changement climatique. Toutefois, ces maisons avec jardins nécessitent d’être aménagées pour la sobriété et le vivant.

La maison individuelle, ennemie numéro 1 de la transition écologique ? C’est ce que suggèrent de nombreuses études. Dans son bilan publié en septembre 2023, le Centre d’études et d’expertise sur les risques, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) constate que l’artificialisation des sols s’accentue. Une des solutions envisagées pour y remédier est de densifier, c’est-à-dire de privilégier les constructions d’appartements aux pavillons. L’agence BL Evolution a même estimé dans une étude qui avait fait grand bruit en 2018 que pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici la fin du siècle, il faudrait limiter la surface par habitant à 30 mètres carré.
Toutefois, une étude de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR), association dédiée à l’analyse des politiques d’aménagement de la métropole du Grand Paris, nuance ce constat. Elle a passé à la loupe les 416 500 habitats pavillonnaires de la petite couronne parisienne pour connaître leur impact écologique. "Ces habitats héritent pour la majorité des banlieues ouvrières. La question est de savoir ce que l’on fait de cet existant", explique à Novethic Martin Wolf, urbaniste contributeur de l’étude.

De la verdure sur la moitié des pavillons


Près de la moitié des parcelles pavillonnaires sont végétalisées. Un atout, souvent oublié mais bien utile pour faire baisser la température, améliorer l’infiltration des eaux de pluie et augmenter la biodiversité. De Vitry-sur-Seine à Bois-Colombes en passant par Clichy-sous-Bois, ces zones extrêmement diverses forment une "ceinture verte". Toutefois, cette verdure est grignotée et les arbres sont abattus, note l’APUR.
L’une des principales raisons est la construction de parkings, malgré la présence de transports en commun. L’envie d’espace pour étendre sa maison ou aménager son jardin et le coût d’entretien des arbres poussent également à réduire la végétation. "Des transformations se font sans permis de construire, sans considération des éléments écologiques ni de l’adaptation au changement climatique, déplore Martin Wolf. L’enjeu est de préserver la pleine terre."
Pour densifier tout en préservant la végétation, l’APUR préconise de surélever les bâtiments. Autres bonnes pratiques : connecter les jardins afin d’assurer une continuité écologique et améliorer la qualité de la végétation, par exemple en évitant de planter des cèdres et des pins qui acidifient les sols. Certaines villes agissent en limitant l’artificialisation ou en imposant de planter des arbres pour chaque espace de stationnement, comme à Juvisy-sur-Orge.

L’isolation nécessaire


A contrario, le point noir de ces habitats individuels est leur consommation énergétique. De nombreuses maisons de la petite couronne, issues de l’entre-deux-guerres, sont mal isolées. De plus, les toits à double pente rendent l’isolation l’été inefficace et poussent à investir dans des climatiseurs. "Il y a une différence de 10 degrés environ entre le toit et le rez-de-chaussée, explique Martin Wolf. Il faut faire évoluer l’architecture". Du côté de la rénovation, les progrès sont lents. "Il y a beaucoup d’arnaques, ce n’est pas toujours bien fait. Peu de rénovation sont faites, cela reste à la charge du propriétaire".
Autre défaut, le prix élevé de ces logements. À l’Est, comme par exemple à Pantin et Montreuil, les prix ont augmenté de 36% en dix ans, selon l’APUR. Seuls 17% des habitants de la petite couronne vivent dans des maisons contre 83% dans des logements collectifs. Pourtant, la surface occupée par ces deux types d’habitat est la même. Pour bénéficier d’une maison avec jardin à des prix plus accessibles, il faut s’éloigner de Paris, des transports en commun et des services publics. Un mode de vie moins confortable et plus carboné.
En outre, même s’ils contribuent à la végétalisation des territoires, "les pavillons ne remplacent pas le besoin d’espaces de végétation dans les espaces publics, actuellement insuffisants", juge Martin Wolf. De nombreuses personnes souffrent des îlots de chaleur. C’est pourquoi, alors qu’une personne sur deux souffre de la chaleur dans son logement, la fondation Abbé Pierre préconise de végétaliser les villes. Lors de la canicule historique de 2003, la surmortalité avait atteint 141% à Paris contre 40% dans les villes petites à moyenne, selon Santé publique France.
Fanny Breuneval

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