Au premier regard, les élections régionales ressemblent à un statu quo. Les exécutifs sortants sont réélus et le rapport de force est maintenu sur la carte de France entre le bleu républicain et le rose socialiste. Mais la progression des listes écolos, le recul du Front National et la désaffection massive des Français montrent qu’ils attendent une autre offre politique que d’éternels antagonismes sans véritables projets.
D’un œil sur la carte rose et bleue de la carte de France après le second tour des élections régionales, on pourrait croire à une éternelle répétition du paysage politique français. Avec sept régions aux mains de la droite et six entre celles des listes de gauche, la prime a été forte pour les sortants. Mais ce résultat est à prendre avec des grandes pincettes alors que l’abstention atteint un nouveau sommet de plus de 65 %.
Premier parti de France avec deux tiers des suffrages, l’abstention emporte tout sur son passage sauf le jeu habituel des soirées électorales où tout le monde dit avoir gagné et prend date pour le tour suivant : les élections présidentielles. Alors que Xavier Bertrand (LR), élu dans le Nord, a clairement donné rendez-vous aux Français en 2022, Olivier Faure, secrétaire général du PS appelle à "rassembler l’ensemble de la gauche et des écologistes pour pouvoir aller vers l’élection présidentielle". De son côté, Christian Jacob, le patron des LR, n’hésite pas à parler d’une "formidable victoire pour nous, les Républicains".
Mais, du silence d’une grande partie des électeurs lors des deux tours, il est difficile de tirer une autre conclusion que celle de la défaite de l’offre politique. Entre la place prise par le Covid-19 ces derniers mois, puis une campagne centrée sur le thème de l’insécurité et de son influence supposée sur le duel Macron/Le Pen, les Français ont simplement tourné les talons pour signifier que ce scénario écrit pour eux ne les intéresse pas du tout.
Les votants sont plutôt verts
Les seules listes qui progressent par rapport aux élections précédentes et parfois de façon spectaculaire sont celles des Verts qui ont doublé leur score et confirment ainsi le dynamisme des Européennes et des municipales. Sans être en capacité de remporter une Région, ils se sont souvent alliés aux listes PS ou LFI ce qui témoigne une résurgence des clivages politiques. "Il y a en fait deux blocs qui sortent renforcés de ces élections : le bloc de droite incontestablement, mais il y aussi le bloc écolo et de gauche, et on est au fond autour de 34-35 %", explique Yannick Jadot, eurodéputé Europe-écologie-Les Verts.
L’Ile-de-France est un cas très intéressant de renversement des rapports de force. Si Valérie Pécresse (LR) reste Présidente de la Région avec 45 % des voix, la liste de gauche emmenée par le secrétaire général d’EELV Julien Bayou, allié au PS et LFI, se classe deuxième avec 34 %. Elle avait pourtant été désignée ennemi de la République par la candidate sortante.
Le faux duel Lepen/Macron
Autre région hautement symbolique où le socialiste sortant, Loïg Chesnais-Girard, affrontait quatre autres listes. Il avait pris avec lui quelques candidats d’une liste écologiste indépendante mais cela n’a pas empêché, la candidate écolo Claire Desmares-Poirrier de recueillir environ 20 % des voix, trois fois plus qu’en 2015. Une progression massive dans une région soumise aux affres de l’agriculture intensive ou aux ravages des algues vertes.
Dans les Hauts de France, au-delà de la réélection de Xavier Bertrand aussitôt parti en campagne présidentielle, la liste de gauche emmenée par la députée européenne EELV, Karima Delli, a obtenu plus de 20 % des voix et siègera donc au Conseil Régional où la gauche n’avait plus de représentants depuis 2015.
Il sera intéressant de voir comment cette poussée verte influera sur la vie quotidienne des Français puisque les Régions comme les départements s’occupent de l’emploi, des transports, des minimas sociaux et du changement climatique… Il sera tout aussi intéressant de regarder si médias et sondeurs tirent les leçons de ce scrutin. Ils l’ont décrit acquis au RN et véritable tremplin de l’affrontement Marine Le Pen / Emmanuel Macron en 2022 qui serait inévitable. Au vu des résultats du second tour, les Français ont furieusement envie d’écrire une autre histoire. Ils ont un an pour être entendus… ou se faire entendre !
Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT, Directrice générale de Novethic