[Édito] Perseverance sur Mars : l’occasion de retrouver un peu de temps long sur une Terre en surchauffe

Le rover Perseverance mesure trois mètres de long pour plus d'une tonne. - @Nasa
Le rover Perseverance mesure trois mètres de long pour plus d'une tonne. – @Nasa

Ce soir, la sonde Persévérance va se poser sur Mars. Sa mission : rien de moins que prélever des échantillons, les rapporter sur Terre et y chercher de la vie. Cet événement est une respiration pour notre planète en prise avec le dérèglement climatique et le Covid. Et regarder vers les étoiles, c’est toujours se regarder un peu soi-même.

Ce jeudi 19 février n’est pas un jour comme un autre. Des centaines de millions d’humains à travers le monde vont regarder dans la même direction : celle de Mars. Vers 21h55 (heure de Paris), le Rover américano-européen Perseverance va se poser sur la surface de la planète rouge. Du moins, si les "sept minutes de terreur se passent bien". Ces sept minutes, ce sont celles qui séparent l’entrée dans l’atmosphère à plus de 20 000 km/h pour atteindre 130 kilomètres plus bas le sol, à la vitesse de tortue de 2,7km/h.


Perseverance est le quatrième rover à viser Mars après Spirit, Opportunity et Curiosity. Mais on note deux grosses différences avec ses illustres prédécesseurs. Tout d’abord, ce véhicule est un mastodonte de trois mètres pour plus d’une tonne. Mais surtout sa mission est ni plus ni moins que d’établir s’il y a eu de la vie sur Mars, en particulier à travers la collecte d’échantillons qui seront ramenés ultérieurement sur Terre.
Un mastodonte à la recherche de la vie
Ce robot est envoyé depuis une planète en surchauffe. Elle surchauffe car son climat est déréglé, car sa faune disparaît, car une épidémie met les humains à genoux et parmi ces derniers les inégalités sont dramatiques. Persévérance va nous permettre de lever la tête vers ailleurs que notre petite boule de roche et penser un peu le temps long. Ce rover, après des années de conception, a mis sept mois à rejoindre Mars, sa mission va durer deux ans au moins (Opportunity prévu pour durer 90 jours a fonctionné 14 ans), les échantillons seront rapatriés dans 5 ans et les résultats d’analyse portent sur l’apparition de formes de vies il y a plusieurs centaines de millions d’années…
D’aucuns dénoncent que de telles quêtes sont un gaspillage de temps et de ressource tant la situation est urgente ici. C’est faux. D’une part, investir pour la conquête spatiale, c’est indirectement investir dix fois plus pour la Terre. L’espace a permis des progrès fulgurants en informatique, en matériaux composites, en imagerie médicale, en climatologie, en énergie… s’il ne fallait donner qu’un exemple, le premier satellite équipé de panneaux solaires, Vanguard 1, date de 1958 !
Tous les saints et tous les pécheurs
Mais surtout c’est seulement depuis l’espace que l’on peut prendre du recul sur La Terre, quelle que soit la mission que l’on y mène. Commentant la plus lointaine photo de la terre prise depuis l’espace par Voyager1, l’astronome Carl Sagan disait :
"Regardez encore ce petit point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d’idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d’espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil".
Ludovic Dupin, @LudovicDupin

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