Loi de sécurité globale : Après une vidéo de violences policières, l’Exécutif revoit sa copie

Michel Zecler a été violement frappé par plusieurs policiers mardi 24 novembre. La scène a été filmée par des caméras de surveillance. - @DR
Michel Zecler a été violement frappé par plusieurs policiers mardi 24 novembre. La scène a été filmée par des caméras de surveillance. – @DR

L’affaire Michel Zecler, agressé semblerait-il sans raison par plusieurs policiers, émeut fortement la France. La médiatisation de l’histoire de ce producteur de musique a été rendue possible grâce à des caméras de surveillance qui ont filmé toute la scène. La diffusion de cette vidéo intervient alors que la loi Sécurité globale en cours d’examen parlementaire vise à réguler l’utilisation de tels documents. Un texte que Jean Castex s’engage à revoir avec la création d’une commission ad hoc.

Jeudi 27 novembre, le site Loopsider a dévoilé une terrible vidéo où l’on voit plusieurs policiers frapper longuement un homme, Michel Zecler, à l’entrée d’un studio d’enregistrement. L’homme assure ne pas comprendre pourquoi il a été pris pour cible par les forces de l’ordre, il a été protégé par des jeunes qui étaient présents sur place. Ceux-ci ont repoussé les forces de l’ordre dans la rue, alors que Michel Zecler appelait à l’aide. La police a finalement fait sortir l’homme qui s’est retrouvé 48 heures en garde à vue.


La vidéo, d’une grande violence, a été vue plusieurs millions de fois en quelques heures. Elle a soulevé beaucoup de colère. Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a demandé la suspension des quatre policiers concernés par cette affaire, le temps qu’une enquête soit menée. Les agents sont accusés de violence mais aussi de "faux en écriture publique", étant donné que leur procès-verbal suite à l’opération ne semble pas refléter la réalité.
Pas d’affaire sans vidéo
L’affaire est prise en main directement par l’Élysée et Matignon. Elle est d’autant plus sensible qu’elle tombe en plein examen de la loi "Sécurité globale", adoptée par l’Assemblée nationale mardi 24 novembre et attendue en janvier au Sénat. C’est en particulier l’article 24 de ce texte qui pose question. Il prévoit d’interdire la diffusion malveillante de policiers et gendarmes en opération. Il s’agit de protéger leur vie privée après que plusieurs lynchages aient eu lieu ces derniers mois suite à des appels lancés sur les réseaux sociaux. L’avocate de Michel Zecler s’est emparée du sujet : "Si nous n’avions pas les vidéos, mon client serait peut-être actuellement en prison".
Alors que le Premier ministre avait déjà assuré qu’il se saisirait du Conseil constitutionnel pour s’assurer de la validité de l’article 24, il a dû réagir plus rapidement en raison de cette actualité. Il a annoncé la création "d’une commission indépendante chargée de proposer une nouvelle écriture de l’article 24". Elle sera dirigée par Jean-Marc Burguburu, président de la Commission nationale consultative des droits humains (CNCDH). Il devra rende ses travaux "pour la fin du mois de décembre".
Remise en cause du travail parlementaire
L’objectif est de "nourrir utilement l’examen de la proposition de loi sur la sécurité globale en janvier au Sénat dans le respect des prérogatives de la représentation nationale", a indiqué Matignon. Mais la décision fait grincer des dents du côté du Parlement. Le groupe de La République en marche à l’Assemblée nationale s’est dit sur Twitter "attaché au travail parlementaire", dans une critique en creux de la démarche de Jean Castex.
En réalité l’article 24 est sûrement d’ores et déjà enterré. Le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, sur LCI, jugeait que s’il n’y avait pas eu d’images, "on n’aurait pas connu" cette affaire. "Il faut filmer", a-t-il affirmé. Une position qui fait également écho à l’évacuation de la Place de la République dans la nuit de lundi 23 novembre alors qu’un camp de migrants, organisé par des avocats et des ONG, avait été assez brutalement vidé.

Ludovic Dupin @LudovicDupin
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