Les crises climatique et sanitaire, l’effondrement de la biodiversité appellent à plus de collaboration entre les États. C’est le message que souhaite faire passer l’organisation des Nations unies qui fête ses 75 ans et se targue d’avoir évité l’émergence d’une troisième guerre mondiale. Mais en raison du Covid-19, les grands dirigeants mondiaux n’ont pas fait le déplacement.
Cela devait être un événement majeur. Il y a 75 ans, les Nations unies naissaient sur les cendres des champs de bataille de la Seconde guerre mondiale. De nombreux dirigeants auraient dû se retrouver à New York pour célébrer la création de l’organisation qui a évité des conflits directs entre superpuissances et a permis à des ennemis de se rencontrer en terrain neutre. Mais pour cette Assemblée générale des nations unies, qui se déroulent du 22 au 26 septembre, les couloirs et l’auditorium sont presque vides, Covid-19 oblige.
L’absence des dirigeants mondiaux (même si ceux-ci interviendront via vidéo) n’a pas empêché le Secrétaire général des nations unies, Antonio Guterres, de rappeler la nécessité d’un multilatéralisme renforcé. "Une catastrophe climatique se profile. La biodiversité s’effondre. La pauvreté augmente à nouveau. La haine se propage. Les tensions géopolitiques s’intensifient. Les armes nucléaires restent en alerte. Les technologies transformatrices ont ouvert de nouvelles opportunités mais également exposé de nouvelles menaces. La pandémie COVID-19 a mis à nu les fragilités du monde. Nous ne pouvons les aborder qu’ensemble", lance-t-il.
Those who built the @UN 75 years ago had lived through a pandemic, a global depression, genocide & world war.
They knew the cost of discord & the value of unity.
The #COVID19 pandemic is a crisis unlike any we have ever seen.
Today, we face our own 1945 moment. #UNGA pic.twitter.com/i0hs4X7QnC
— António Guterres (@antonioguterres) September 22, 2020
Le multilatéralisme, une nécessité
Cet appel du diplomate portugais semble avoir été entendu puisqu’à défaut d’être présents, les 193 pays membres ont signé une déclaration commune à l’occasion de cet anniversaire spécial. "La pandémie de COVID-19 est venue nous rappeler violemment que nous sommes comme les maillons d’une chaîne : du maillon le plus faible dépend la force du tout", peut-on lire. Ils ajoutent : "Le multilatéralisme n’est pas une option : c’est une nécessité".
Le fait est que ce multilatéralisme ne se porte pas si bien, jugent les observateurs. Les États-Unis, sur fond de guerre froide avec la Chine, sont en train de sortir de nombreux accords multilatéraux. Au rang de ceux-ci on compte l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), celle du commerce (OMC), l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture comme celles de la santé (Unesco).
De son côté, le Secrétaire général des Nations unies regrette que le conseil de sécurité ralentisse la capacité d’action de l’organisation. Ainsi par exemple, l’ONU n’a été qu’un spectateur dans les négociations de paix entre Israël, Émirats arabes unis et Bahreïn, menée par les États-Unis. Elle manque tant de moyen d’agir que le traité sur le nucléaire en Iran a volé en éclat depuis le retrait de Washington, qui a décidé unilatéralement de nouvelles sanctions.
Dans son discours, Antonio Guterres a appelé à un cessez-le-feu global pour adresser réellement les problèmes du monde. Il donne en exemple, la République Centrafricaine, le Soudan, l’Ukraine, l’Afghanistan. "Aujourd’hui, j’engage la communauté internationale à redoubler d’efforts pour que ce cessez-le-feu mondial devienne une réalité d’ici à la fin de l’année. Nous avons exactement 100 jours", a-t-il lancé aux chefs d’État et de gouvernement.
Ludovic Dupin, @LudovicDupin