La Business roundtable, une puissante association américaine qui réunit 200 dirigeants de grandes entreprises américaines, vient de publier une déclaration dans laquelle elle appelle à une action climatique forte. Un revirement salué par le World Ressource Institute qui demande toutefois à ce que cet appel soit traduit dans les politiques des groupes de ces dirigeants.
Le climat est désormais un sujet stratégique pour les grands dirigeants américains. C’est ce qu’entend montrer la déclaration d’intention (1) de la Business Rountable, une puissante association américaine qui regroupe plus de 200 dirigeants de grandes entreprises comme Amazon, American Airlines ou Chevron. Ensemble, elles représentent 15 millions d’employés et 7 500 milliards de dollars de chiffre d’affaires.
"Les entreprises doivent montrer l’exemple, soutenir des politiques publiques saines et stimuler l’innovation nécessaire pour lutter contre le changement climatique", écrivent les dirigeants. "Non maîtrisé, le changement climatique pose des problèmes environnementaux, économiques et de santé publique et les menaces pour la sécurité dans les pays du monde entier, y compris les États-Unis", préviennent-ils.
Un "patchwork de réglementations" inefficace
Pour lutter efficacement contre le changement climatique, les dirigeants appellent les États-Unis – qui sont les deuxièmes consommateurs d’énergie et émetteurs de gaz à effet de serre du monde- à "adopter une approche plus globale, coordonnée et basée sur le marché pour réduire les émissions", alors que le pays va officiellement sortir de l’Accord de Paris le 4 novembre prochain.
À ce stade, "le patchwork de réglementations nationales et fédérales, les incitations fiscales, subventions et autres politiques s’avèrent inefficaces pour le climat et affectent les stratégies d’investissement de long terme de nombreuses entreprises américaines en créant de l’incertitude", critiquent les signataires.
Un prix du carbone basé sur un mécanisme de marché
Pour autant ces politiques ne devront pas freiner les entreprises : celles-ci doivent garder une capacité d’innovation, de compétitivité et de flexibilité, précisent-ils. La fixation d’un prix du carbone leur apparaît à cet égard la meilleure solution. "Établir un prix par le biais d’un mécanisme basé sur le marché est un signal clair pour encourager l’innovation et améliorer l’efficacité à la fois pour l’environnement et l’économie", assurent les dirigeants qui militent également pour des politiques alignées sur l’Accord de Paris.
Une approche saluée par le World Resources Institute (WRI), le think-tank international spécialiste du climat. Mais le WRI ne donne pas pour autant un blanc-seing aux grands patrons : "Il est important pour ces PDG d’aligner leurs efforts de lobbying sur leur déclaration publique. Alors que le monde regarde les incendies de forêt brûler et les ouragans frapper les côtes américaines, les dirigeants des entreprises et du gouvernement américains devraient faire pression pour une action climatique ambitieuse qui rendra le pays plus fort et le repositionnera en tant que leader sur ce défi critique". La vigilance s’impose : un an après sa déclaration sur le capitalisme des parties prenantes, la Business Roundtable peine à la mettre concrètement en pratique.
Béatrice Héraud, @beatriceheraud
(1) La déclaration de la Business Roundtable est consultable ici.