[Édito] Élever des générations sacrifiées : quand le COVID 19 hypothèque l’avenir des plus jeunes

Au mois d'avril, le chômage des moins de 25 ans a progresser de presque 30 %. - @PoleEmploi
Au mois d'avril, le chômage des moins de 25 ans a progresser de presque 30 %. – @PoleEmploi

2020 sera sans doute l’année de la rupture pour les jeunes générations dont on a hypothéqué l’avenir. En raison des mesures de prévention du COVID 19, des centaines de milliers de collégiens et lycéens ont quitté l’école en espérant qu’ils retrouveraient une scolarité normale par enchantement quelques mois plus tard. Pourtant la DARES, institut de statistiques du ministère du travail recensait déjà, fin 2018, près d’un million de jeunes de 16 à 25 ans n’ayant ni études, ni emploi, ni formation (NEET).

Comment imaginer que la flambée du chômage des moins de 25 ans (+29,4% en avril 2020) ne conduise pas à grossir les rangs de ceux qui "tiennent les murs" en attendant une insertion de plus en plus hypothétique dans le monde du travail. Cette expression née en Algérie, pays où le chômage des jeunes est massif, résume à elle seule l’impasse dans laquelle se trouvent ceux qui sacrifient leur jeunesse en lui offrant en perspective désœuvrement et paupérisation.
Les mesures de prévention du COVID 19 ont conduit à privilégier certaines catégories de la population, celles qui détiennent le pouvoir démographique, économique, et démocratique sur les plus jeunes qui se trouvent privés de scolarité, de stages et d’emplois, saisonniers ou pas. Ils ont de plus été confinés dans des conditions plus ou moins précaires. Cet arbitrage, fait au nom d’une menace sanitaire qui cible les plus âgés, entraine plusieurs risques sociaux majeurs.
Surendettement généralisé
Le premier risque est de voir se creuser un peu plus le conflit générationnel qui existe déjà sur le climat où la jeune Greta Thunberg a dû affronter la hargne violente d’hommes plus âgés ou sur l’abandon social auquel sont confrontés les jeunes des "quartiers", héros des films de Ladjy Ly "Les Misérables" ou de Grand Corps Malade "La vie scolaire". 
Le deuxième risque est d’être impuissant à retrouver un élan économique parce que les générations les plus âgées exercent une pression insoutenable sur les plus jeunes qui doivent payer toutes les additions laissées par leurs ainés et faire face à un surendettement généralisé : économique, financier, environnemental. L’Italie et l’Espagne, qui ont toutes deux des populations vieillissantes et des économies exsangues, se trouvent dans une situation de ce type. La première est endettée à 134, 8 % de son PIB, la seconde à 100 % mais avec une situation économique très fragile après une forte récession entre 2009 et 2013 et ces chiffres sont ceux d’avant crise du COVID 19.
Le troisième risque est de continuer à voir baisser inexorablement les taux de natalité dans de nombreux pays dont le déclin démographique est dû, en partie, à l’absence de perspectives d’avenir. Ce phénomène décrit par Courrier International en février dernier dans son numéro titré "La fin des bébés ?" est très important aux États Unis, en Chine ou en Espagne. Il trouve sa traduction dans le mouvement des féministes noires américaines dit de "justice reproductive". Né dans les années 90, il exige de faire naître des enfants dans la dignité, c’est-à-dire avec de bonnes perspectives sociales, sanitaires et éducatives.
Crise de la procération
Ses partisans refusent de mettre au monde des enfants qui devront, dès le début de leur existence, affronter des handicaps sociaux majeurs, accentués dramatiquement aux États-Unis. Le cap des 100 000 morts du Covid y a été franchi, près de 30 millions de personnes sont au chômage et des pans entiers de l’économie disparaissent à l’image des distributeurs en faillite Neiman Marcus et J. Crew.
Dans le dossier de Courrier international, la journaliste américaine Anna Louie Sussmann alertait sur la nécessité de traiter le désespoir démographique : "le débat sur la procréation devrait s’imposer comme une urgence aussi importante ou presque que celle concernant le changement climatique et prendre acte des interdépendances de toutes les crises dont dépend notre survie sur le long terme".  Plaider pour une approche globale de toutes les crises sanitaire, environnementale, sociale, économique est l’objectif des contributeurs des plateformes du "Monde d’après" mais il reste du chemin pour offrir des perspectives d’avenir plus radieux aux jeunes générations.  
Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic

Aller au contenu principal