Revenu universel, revalorisation des salaires des soignants, autonomie alimentaire… Une soixantaine de parlementaires qui avaient lancé début avril la plateforme collaborative citoyenne "Le jour d’après" viennent de dévoiler leurs propositions pour un monde plus durable. Une initiative froidement accueillie chez les parlementaires LREM qui craignent qu’une partie de ces députés forment un neuvième groupe dissident baptisé "Écologie démocratie solidarité", ce qui leur ferait perdre leur majorité à l’Assemblée.
Après la consultation, place aux propositions. Le 4 avril, une soixantaine de députés, emmenés par les ex LREM Paula Forteza et Matthieu Orphelin, avaient lancé une plateforme collaborative en ligne baptisée "Le jour d’après". Elle invitait les Français à présenter leur vision du monde une fois la crise du Covid-19 surmontée. Après avoir reçu plus de 8 700 contributions, les parlementaires ont dévoilé, mercredi 13 mai, trente propositions articulées autour de quatre piliers : santé, sobriété, solidarité et souveraineté.
66 parlementaires, 8700 contributions, 26 000 participants, 50 experts et 4 priorités : santé, sobriété, solidarité souveraineté.
Retrouvez les 30 propositions du @jourdapres https://t.co/aKBXURsWvW
Et la synthèse complète des contributions : https://t.co/GrNsRAsejE pic.twitter.com/21Z9KE7vc5
— Barbara Pompili (@barbarapompili) May 13, 2020
En matière de "santé", ils proposent une revalorisation des rémunérations des soignants de "200 euros par mois", ainsi que l’ouverture de "200 000 postes supplémentaires en trois ans" dans les Ehpad et les services d’aide à domicile. Pour la "sobriété", ces parlementaires réclament un "grand plan de rénovation énergétique des logements" et veulent "taxer les emballages inutiles et non recyclables" ou "consigner le verre". Ils appellent aussi à "encourager le télétravail partiel pour limiter l’empreinte carbone des trajets domicile-travail".
Revenu universel et circuit court
Pour le volet "solidarité", ils souhaiteraient "aller vers un revenu universel, en commençant par élargir le RSA aux 18-25 ans" ou plaident pour "un impôt sur le patrimoine exceptionnel" et une révision de l’impôt sur revenu "pour le rendre réellement progressif". Enfin, dans le domaine de la "souveraineté", ils demandent de "renforcer à hauteur de 10 milliards d’euros en trois ans l’investissement des collectivités territoriales dans la transition écologique". Ces parlementaires – une quarantaine issue de la majorité LREM et MoDem mais aussi des élus PS, Libertés et territoires ou le sénateur EELV Ronan Dantec – réclament enfin un soutien "massif au développement de projets alimentaires territoriaux pour une agriculture locale, de qualité et en circuit court".
"Nous aurions tout intérêt à nous nourrir de toutes les initiatives et des idées qui peuvent surgir", explique Gilles Le Gendre, chef de file des députés LREM. Mais il n’empêche que la majorité grince des dents alors que certains soupçonnent des signataires, comme le candidat dissident à la Mairie de Paris Cédric Villani, de préparer la constitution d’un neuvième groupe à l’Assemblée. "Je ne conteste en aucun cas la légitimité de cette démarche, même si elle est portée par des arrière-pensées politiques", a estimé le Gilles Le Gendre la veille de l’annonce des propositions.
LREM pourrait perdre sa majorité à l’Assemblée
Depuis quelques jours, la pression monte sur ce sujet. Plusieurs médias ont en effet relaté qu’une cinquantaine de députés étaient en passe de créer un nouveau groupe baptisé "Écologie démocratie solidarité" dont certains membres sont issus du groupe La République en Marche comme Aurélien Taché et Guillaume Chiche. L’enjeu est de taille pour LREM qui risque de perdre sa majorité à l’Assemblée. Le journal Les Échos, qui s’est fourni une version provisoire de leur profession de foi, rapporte que le groupe veut "faire plus et mieux à l’Assemblée nationale" pour "répondre à l’urgence écologique, moderniser la démocratie, réduire les inégalités sociales et territoriales" car "après le Covid-19, plus rien doit être comme avant".
Marina Fabre avec AFP