Nous allons gagner la guerre contre le coronavirus. C’est inéluctable. Et plus la population se mobilisera en masse, plus cela ira vite. Cela signifie qu’il faut d’ores et déjà penser au jour d’après, quand nous devrons relancer l’économie, l’industrie, la finance pour savoir comment nous devons les rebâtir. Et ce n’est pas une question de dirigeants mais une une question collective.
Dans son excellent roman de fantasy "Gagner la guerre", Jean-Philippe Jaworski raconte l’histoire du spadassin Benvenuto Gesufal. À l’issue d’un terrible conflit au cours duquel il se retrouve emprisonné – confiné – un long moment, ce soldat revient en République de Ciudalia et découvre qu’une fois la guerre gagnée, la bataille n’est pas finie… Quand Emmanuel Macron a annoncé à la nation lundi 16 mars que nous étions en guerre, c’est à ce roman que j’ai pensé.
Dans cette œuvre incontournable, notre anti-héros se retrouve pris dans mille intrigues malsaines ouvertes à l’occasion de cette guerre. La nouvelle paix est le champ de bataille de familles nobles prêtes à s’élever en s’appuyant sur le cadavre de leurs rivales. Dans une certaine mesure, nous sommes tous Benvenuto et nous allons tous devoir prendre part à ce nouveau monde, annoncé par Emmanuel Macron, Bruno Le Maire et bien d’autres, une fois la pandémie dépassée.
Relever le monde ou le détruire
Quel sera ce monde ? Le Coronavirus a révélé la fragilité de nos modèles. La fragilité de nos industries dont les chaînes d’approvisionnement mondialisées ont été brutalement coupées. La fragilité de notre économie qui n’a aucune résilience. La fragilité de notre finance qui s’effondre et, selon des experts, cède à la panique. La fragilité de la solidarité européenne et de son modèle. Sans oublier notre fragilité sociale, alors que les travailleurs les plus modestes (livreurs, caissières, infirmières…) sont surexposés à la contamination, sans compter le cas des SDF pour qui le confinement est une abstraction.
Pourtant, déjà certains me disent que lorsque nous aurons gagné la guerre, dans quelques semaines, quelques mois, tout repartira de plus belle. Qu’il ne faut pas s’inquiéter pour les marchés qui redémarreront sur les chapeaux de roues, ni pour la production industrielle qui fera vite oublier les pollutions atténuées en Chine et dans le nord de l’Italie. D’autres sont prêts à abattre le capitalisme et à détruire la mondialisation. Ceux-là voient dans le coronavirus "le grand soir" tant attendu, au point de se réjouir de l’épidémie d’une façon malsaine.
La pandémie et le ralentissement imposé à la planète doivent être l’occasion pour nous tous de repenser un capitalisme responsable et une mondialisation raisonnée. Ces questions ne concernent pas que nos dirigeants mais tout le monde que ce soit dans sa manière de travailler, sa manière de consommer, sa manière d’œuvrer pour le bien. D’autant plus qu’une fois la bataille gagnée, ce qui est une issue certaine, nous devrons pleurer des morts, mais aussi prendre en charge des centaines de faillites d’entreprises et de nouvelles populations mises conséquemment en situation d’extrême fragilité.
Ludovic Dupin @LudovicDupin