Harvey Weinstein reconnu coupable, une première victoire post-Me too

C’est la première reconnaissance de culpabilité dans une affaire post-Me too. - Stephanie Keith Getty Images North America AFP
C’est la première reconnaissance de culpabilité dans une affaire post-Me too. – Stephanie Keith Getty Images North America AFP

Le magnat d’Hollywood Harvey Weinstein vient d’être reconnu coupable de viol et d’agression sexuelle. Si les circonstances aggravantes n’ont pas été retenues, il risque néanmoins jusqu’à 29 ans de prison. C’est la première victoire judiciaire depuis le lancement du mouvement Me Too. Un symbole alors que le système judiciaire est souvent accusé de "mépriser" les victimes de violences sexuelles. 

Deux ans après le phénomène Me Too, voici enfin une victoire judiciaire pour les victimes de violences sexuelles. Le 24 février, le producteur star d’Hollywood, Harvey Weinstein, a été reconnu coupable d’agression sexuelle et de viol. Certes, il a été disculpé de la circonstance aggravante de comportement "prédateur" qui lui aurait valu la prison à vie, mais il encourt entre cinq et 29 ans de prison. Surtout, c’est la première reconnaissance de culpabilité dans une affaire post-Me too. La condamnation, en avril 2018, de l’acteur Bill Cosby résultait en effet de poursuites entamées en 2015, avant que le mouvement anti-agressions sexuelles ne commence en octobre 2017, souligne l’AFP.
Le verdict du tribunal est d’autant plus symbolique que c’est l’affaire Weinstein qui a été l’étincelle du mouvement Me Too. Ce jugement "marque une nouvelle ère de justice" a estimé Tina Tchen, présidente du mouvement Time’s Up lancé par plusieurs stars du cinéma. Cette décision "change le cours de l’histoire" dans la lutte contre les violences sexuelles, a abondé le procureur de Manhattan, Cyrus Vance.
Plus une victoire de la mobilisation des femmes que du système judiciaire
Le système judiciaire, français ou américain, est souvent accusé de ne pas répondre de manière proportionnée aux accusations de viol ou d’agression sexuelle. "Les femmes sont méprisées par le système judicaire", avait déclaré à Médiapart l’actrice Adèle Haenel qui témoignait de cas d’attouchements et de harcèlement sexuel perpétrés par le réalisateur Christophe Ruggia alors qu’elle était adolescente. "Un viol sur dix est condamné par la justice, qu’est-ce que ça signifie pour les neuf autres ?", dénonçait-elle. 
En reconnaissant la culpabilité de Harvey Weinstein, alors même qu’aucune preuve matérielle ne l’accusait, le jury a symboliquement tendu une main aux victimes. Mais cela ne signifie pas pour autant que le système judicaire a changé, estime l’autrice Moira Donegan dans le Guardian. "Plus qu’un signal que le système de justice pénale peut fonctionner pour les victimes, cette condamnation est un signal que la mobilisation des femmes peut accomplir des choses qui n’auraient jamais été possibles autrement", note-t-elle, remarquant ainsi qu’il a fallu les accusations d’une centaine de femmes pour faire condamner le magnat d’Hollywood. 
Le courage des victimes salué
Ainsi, à l’issue du procès, c’est le courage des victimes ayant témoigné, Mimi Havel, l’ancienne assistante de production du co-fondateur du studio Miramax, Jessica Mann, aspirante actrice, et Annabella Sciorra, actrice, qui a été salué. "Pour les femmes qui ont témoigné dans ce dossier et vécu un enfer traumatique, vous avez rendu un service public aux filles et femmes du monde entier", a tweeté la comédienne Ashley Judd, qui affirme que Harvey Weinstein l’a harcelée sexuellement en 1997. "Je suis fière des femmes courageuses qui ont témoigné. Elles ont mis hors d’état de nuire un monstre", a aussi tweeté Rose McGowan, actrice qui dit avoir été violée par M. Weinstein en 1997.


Reste que cette affaire, érigée en symbole, est exceptionnelle, et que pour une main tendue aux victimes, la douzaine de nominations aux Césars de Roman Polanski, réalisateur accusé de viol et d’agression sexuelle par onze femmes, revient à "cracher au visage de toutes les victimes", selon les mots d’Adèle Haenel. "Ça veut dire, "ce n’est pas si grave de violer des femmes", a-t-elle ajouté. 
Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP

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