Dans le Midwest, la famille Smith, qui tient une exploitation de céréales, est un pur produit de l’American Way of Life. Mais au fil des ans, la course à la productivité et à la surconsommation s’est enrayée face à la nécessaire intégration des enjeux climatiques et environnementaux. Toute la semaine, Novethic fait le tour du monde de la transition en cours sur la période 2020-2050 en s’appuyant sur les travaux Our Life 21 du think tank 4D*, qui se basent sur les tendances existantes et les contributions des différents pays à l’Accord de Paris. Voici l’histoire, fictive, d’une famille américaine.
Andrew et Ashley sont des agriculteurs américains du Missouri. Ils ont hérité de la grande exploitation agricole des parents d’Ashley, dans le village d’Ash Grove. Sean, leur fils, doit bientôt prendre la relève. Si Lauren, leur fille, continue aussi d’habiter dans la ferme familiale, celle-ci a d’autres ambitions de carrière. Voici l’histoire, fictive*, de leur famille entre 2020 et 2050, selon les travaux d’Our Life 21, réalisés par le think tank 4D.
2015-2020 : l’American way of Life
23 juillet 2019. Sean, 20 ans, court vers le frigo. Il se sert un grand verre de thé glacé avec un maximum de glaçons et engloutit un sandwich au bœuf. Cet été, la chaleur tape dur à travailler dans les champs de céréales. Le tracteur est climatisé, mais quand même… C’est une nouvelle canicule qui se prépare. Après les températures glaciales de l’hiver, les récoltes vont en pâtir. Mais pour l’heure, il doit prendre le 4X4 pour aller conduire sa sœur Ashley à l’aéroport, à 120 km de là.
Heureusement que l’essence ne coûte presque rien, vivre à la campagne suppose des trajets incessants et interminables pour presque tout. Ses parents sont d’ailleurs partis pour la journée pour pouvoir assurer le rendez-vous médical d’Ashley, qui souffre de rhumatismes. C’est l’une des choses que Lauren ne supporte plus. Plus tard, elle vivra en ville. En attendant, elle part pour les vacances à Houston, au Texas, chez sa tante.
Décidément, ces deux-là n’envisagent pas la vie de la même façon. Lui va prendre la suite de l’exploitation familiale. Celle-ci marche bien : céréales et élevage, deux valeurs sûres, estime-t-il. Ses parents exportent partout dans le monde. Plusieurs fois par jour, ils jettent un œil sur les cours de bourse de la vente de ses récoltes de leurs céréales à la bourse de Chicago et de leur bétail sur celui de Kansas City.
En chiffres : La consommation d’énergie de la famille Smith est très forte, à la fois du fait de leurs besoins directs et du système énergétique & agricole américain (18,6 tep pour la famille soit 4,6 par habitant). Et leurs émissions de gaz à effet de serre tout autant : 44 tonnes de CO2 soit 11 tonnes par personne.
2030-2040 : nouvelle génération, nouvelles pratiques
3 juin 2033. Sean est content. Le blé est beau. Le colza et le maïs aussi. Les techniques qu’il a mises en place ces dernières années pour réduire l’utilisation d’intrants sont efficaces. Il se remémore les vifs débats avec son père, à l’époque où il n’était encore qu’ingénieur agronome et où son père lui disait qu’il était "livresque" quand il lui parlait de nouvelles techniques moins intensives. Andrew ne voyait que par les pesticides. Son fils sait bien que c’était la culture de l’époque mais la terre a terriblement souffert. Et la santé des agriculteurs en a aussi pris un coup. Son père a développé un lymphome il y a deux ans. Il faut d’ailleurs qu’il pense à recharger la batterie de la Chevrolet électrique pour l’emmener à l’hôpital demain.
Ses dernières années, il a mis en place un compost qui lui sert d’engrais pour ses cultures, a abandonné la monoculture et est passé au bio. Il a également complété le dispositif énergétique, mis en place à la fin des années 2020 (panneaux solaires sur le toit des étables ainsi que des éoliennes), avec un méthaniseur qui utilise le lisier. Une installation de raffinage d’huile de maïs lui sert aussi à produire du carburant pour ses véhicules agricoles. Au début des années 2030, ses voisins, également agriculteurs étaient sceptiques. Maintenant, ils s’y sont tous mis… Les autres ont mis la clé sous la porte.
Mais si la récolte et la vente de céréales se portent bien, Sean est inquiet pour l’élevage. Il a déjà réduit de 40 % le cheptel. Comme lui, les Américains et les Européens mangent beaucoup moins de viande qu’auparavant…
En chiffres : En 2030, le changement de pratiques agricoles et l’utilisation d’énergies alternatives permettent à la famille Smith de réduire de plus de moitié ses émissions de gaz à effet de serre. Même si celles-ci restent largement supérieures à la moyenne mondiale. 
2050 : L’exploitation au défi du changement climatique
4 décembre 2050. C’est l’hiver et Sean est inquiet. Dehors, il pleut des cordes et la terre est détrempée. Il a refait ses calculs, l’exploitation est en difficulté. Les six derniers étés ont été catastrophiques. Malgré l’adoption de semences plus résistantes à la sécheresse et le recours à la permaculture, que faire quand la température frôle les 50°C quasiment tout l’été et que les tornades finissent de ravager ce qui pouvait encore être sauvé ?
La vie à la campagne est devenue vraiment dure. Les déplacements deviennent de plus en plus coûteux et sa femme ne supporte plus la glaciale humidité de l’hiver et la fournaise de l’été. La maison aurait besoin de nouveaux travaux. En 2034, ils avaient pourtant fait de lourds travaux d’isolation en même temps que l’installation d’une pompe à chaleur. Mais ces trois dernières années, les importantes variations de température ont provoqué de grosses fissures dans la maison, amenuisant considérablement les bénéfices rendus en termes de confort. Son fils est parti habiter en ville pour ses études. Peut-être devraient-ils partir avec Ruby les rejoindre ?
En chiffres : Entre 2015 et 2050, les émissions de gaz à effet de serre de la famille Smith ont été divisées par trois pour s’établir à 3 tonnes de CO2 par personne. Elles restent néanmoins très supérieures à ce qu’il faudrait pour limiter le réchauffement à 2°C. L’organisation spatiale du pays et la nécessaire utilisation de transports individuels ou fortement carbonés comme l’avion freinent la transition, particulièrement dans les régions rurales comme le Missouri.
Béatrice Héraud @beatriceheraud
*ce portrait, ainsi que ceux de la série Tour du monde de la transition, sont fictifs et issus des travaux Our Life 21 du think tank 4D qui entendent modéliser les évolutions de comportements de familles de différents pays dans le but d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat mais aussi les Objectifs de développement durable. Ceux-ci se basent sur les contributions des différents pays présentés par chaque pays lors de la COP21 et donc sur des objectifs plus volontaristes que les tendances actuelles, même si certains objectifs pourront être réhaussés.