Les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie accusés de contribuer au changement climatique

Les signataires appellent l'AIE à produire un scénario de développement durable compatible avec l'Accord de Paris. - @iStock
Les signataires appellent l'AIE à produire un scénario de développement durable compatible avec l'Accord de Paris. – @iStock

Trop favorables aux énergies fossiles et sous-estimant le potentiel de croissance des énergies renouvelables, les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie sont aujourd’hui pointés du doigt par un groupe d’investisseurs et d’experts. Ils déplorent le manque d’alignement avec les objectifs de l’Accord de Paris, ce qui contribuerait à envoyer le mauvais signal aux décideurs. 

Un groupe de 60 représentants d’entreprises, d’investisseurs et d’experts parmi lesquels le directeur RSE de Hermes, Christiana Figueres, Laurence Tubiana, ou encore les climatologues James Hansen et Michael Mann, vient d’interpeller l’emblématique Agence internationale de l’énergie (AIE) sur ses scénarios prédictifs. Selon les auteurs, ceux-ci ne sont pas en ligne avec les objectifs de l’Accord de Paris. Pire encore, ils contribueraient à aggraver le problème en envoyant le mauvais message.
"Compte tenu de l’influence du World Energy Outlook (WEO, publication phare de l’AIE, ndr) et de son scénario central, il n’est pas surprenant que les engagements nationaux actuels de réduction des émissions nous orientent vers une voie de réchauffement inacceptable", explique la lettre. "Il faudrait clairement indiquer qu’il s’agit d’un scénario de statu quo car aujourd’hui la plupart des utilisateurs l’interprètent comme un scénario directeur".
Un vrai scénario développement durable
Or, ce scénario baptisé "Nouvelles politiques" nous mène vers un réchauffement qui se situe entre 2,7 et 3°C, largement au-dessus du seuil de 1,5°C. Il sert de référence à un grand nombre de gouvernements, d’investisseurs et d’entreprises dans le monde. C’est pourquoi, les auteurs de cette lettre invite l’AIE à produire un "scénario de développement durable" qui refléterait l’ambition des objectifs de Paris et qui deviendrait la référence du WEO.
"Ce scénario devrait inclure une probabilité raisonnable (66 %) de limiter le réchauffement à 1,5°C, un horizon temporel plus long (au-delà de 2040) et une approche de précaution pour les technologies à émissions négatives, les puits de carbone naturels devant être priorisés. Il devrait également refléter le potentiel de pénétration des technologies propres et la baisse rapide de leurs coûts", précisent les auteurs.
Une trajectoire réaliste selon l’AIE
En réponse à cette lettre, Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, a déclaré que le scénario central était un "miroir" reflétant les décisions des décideurs. "Nos dernières données sur la demande d’énergie et les émissions pour 2018 montrent que le monde dans lequel nous vivons est malheureusement conforme au scénario "nouvelles politiques", alors que les émissions continuent d’augmenter. Souligner la réalité de la trajectoire établie est d’une importance capitale", a-t-il écrit.
Il y a un an, une étude d’Oil Change International remettait elle aussi en question la crédibilité de l’AIE. "Si son scénario de base était appliqué, notre budget carbone pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C serait dépassé en 2022. Pour un réchauffement de 2°C, la date fatidique est 2034", révèle le document. "L’AIE encourage une vision de l’avenir où le monde continuera à dépendre des énergies fossiles" accusait Greg Muttitt, le directeur de recherche d’Oil Change International.
Concepcion Alvarez, @conce1 

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