À La Réunion, les climatiseurs d’un hôpital tourneront bientôt à l’eau de mer

Les climatiseurs à énergie marine permettent de réduire la consommation d'énergie de 75 à 90 %. - @CC0
Les climatiseurs à énergie marine permettent de réduire la consommation d'énergie de 75 à 90 %. – @CC0

Dans un territoire insulaire et non interconnecté comme La Réunion, l’une des clés sur le terrain énergétique est la maîtrise de la consommation. C’est pourquoi EDF a développé plusieurs solutions spécifiques. Parmi ses projets les plus innovants, le SWAC (Sea Water Air Conditioning), un système qui va puiser de l’eau à 1 000 mètres de profondeur dans l’océan Indien avant de la transformer en air froid. Le CHU de Saint-Pierre, au sud de l’île, devrait lancer les premiers travaux très prochainement. 

À la Réunion, les pics de consommation sont dus à l’usage intensif des climatiseurs quand la température extérieure frôle les 30 degrés, jour et nuit. Aujourd’hui, 20 % de la population insulaire est équipée mais ce chiffre va grimper en même temps que le mercure.
Pour limiter la consommation d’énergie, EDF soutient, avec l’Ademe, le projet SWAC (Sea Water Air Conditioning) qui prévoit d’utiliser l’eau de l’océan pour alimenter les climatiseurs. Le CHU de Saint-Pierre, au sud de l’île, pourrait bientôt devenir le premier site pilote avec une inauguration prévue entre 2020 et 2021. Il y a quelques années, Engie s’était cassé les dents sur un projet similaire qui concernait tout un quartier de Saint-Denis, au nord de l’île.
Une poignée de projets de ce type dans le monde
Le principe, sur le papier, est simple. Il s’agit d’aller puiser de l’eau à 1 000 mètres de profondeur au fond de l’océan Indien où sa température est de 5°C. L’eau est convertie en air froid via un échangeur thermique puis elle est rejetée dans l’océan à une profondeur adaptée à sa température.
Dans les faits, c’est bien plus complexe puisque La Réunion est située dans une zone cyclonique avec des houles marines très fortes et que la pose de telles canalisations est délicate à grande profondeur sous une pression très élevée. Mais l’enjeu est de taille puisque le SWAC permettrait d’économiser chaque année 7 gigawattheures, soit un tiers de la consommation d’électricité de l’hôpital. C’est une énergie propre. Et à partir d’un certain seuil de besoin en froid, son installation est compétitive par rapport à des installations classiques.
"Le SWAC du CHU de Saint-Pierre pourrait devenir une référence mondiale en matière d’énergie thermique des mers", espère Olivier Duhagon, directeur EDF SEI pour La Réunion. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour La Réunion prévoit cinq autres projets SWAC sur l’île, notamment à l’aéroport Roland-Garros de Saint-Denis ou encore à l’université. Dans le monde, seule une poignée de constructions sont déjà refroidies via le SWAC, comme l’hôtel Intercontinental à Bora-Bora et le Yacht-Club de Monaco.
Marmites à riz moins énergivores
Sur un territoire insulaire comme celui-ci, non interconnecté au réseau, la maîtrise de la consommation d’énergie est un sujet essentiel. L’opérateur EDF y accompagne donc de nombreuses autres actions comme la distribution gratuite d’ampoules LED pour les logements sociaux, l’incitation à la réalisation de travaux d’isolation, l’aide à l’installation de chauffe-eau solaire sur le toit ou d’éclairage public à LED.
L’électricien a ainsi économisé 52 gigawattheures en 2018, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 31 000 habitants. Pour l’année 2019, EDF va s’attaquer à un autre poste de consommation très énergivore : celui des marmites à riz. "Car ici, on mange du riz matin, midi et soir" plaisante à demi-mots Sandy Herbillon, chef du service Efficacité Energétique du groupe à La Réunion.
Concepcion Alvarez, envoyée spéciale à La Réunion @conce1

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