Plus de 500 personnalités, de Juliette Binoche à Yann Arthus-Bertrand, ont appelé à un "lundi vert sans viande ni poisson en 2019". Un appel nécessaire au vu de l’impact sur l’environnement et la santé de la viande. Mais qui peut être perçu comme moralisateur pour les plus gros consommateurs de viande que sont les classes populaires et stigmatisant pour les éleveurs.
Cap ou pas cap ? Dans un manifeste, 500 personnalités appellent les Français à ne plus consommer de chair animale le lundi. Une intention louable mais qui soulève des tensions dans le monde agricole.
Manger moins de viande est meilleur pour la santé
Une réduction de la consommation de viande, en particulier du bœuf, pourrait faire baisser de 2,4 % le nombre de morts au niveau mondial, atteste le Forum économique mondial dans une note publiée le 3 janvier. Manger de la viande transformée comme de la charcuterie, en excès, pourrait augmenter le risque de cancer colorectal, affirmait en 2015 le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).L’élevage, un danger pour la planète
Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’élevage de bétail représente 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales, soit 7 milliards de tonnes de CO2 émis. À titre de comparaison, la France a émis 466,1 millions de tonnes équivalents CO2 en 2017. Selon un rapport de l’ONG Grain et de l’Institute for agricultural and trade policy (IATP), les cinq plus grosses entreprises de viande et de lait émettent, ensemble, plus de gaz à effet de serre que les plus gros producteurs pétroliers que sont Exxon, BP ou Shell.Les conditions d’élevage en question
Selon plusieurs associations, en France, 80 % des élevages sont intensifs. Les animaux y sont enfermés dans des cages ou des bâtiments desquels ils ne peuvent pas sortir. Reste qu’il est très difficile d’évaluer concrètement les conditions d’élevage. Greenpeace en a récemment fait les frais. Dans un rapport, l’ONG estimait que 1 % seulement des fermes françaises produisaient plus de la moitié des porcs, poulets et œufs produits en France. Depuis, l’ONG a fait machine arrière et tente de revoir sa méthodologie. Mais les vidéos d’association comme L214 montrent régulièrement les désastreuses conditions d’élevage de certaines exploitations.
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Les classes populaires visées
L’élevage paysan préserve la biodiversité
"L’élevage représente une des causes principales de déforestation et de perte de biodiversité", lit-on dans l’appel pour un Lundi vert. C’est vrai, mais cela concerne surtout l’élevage intensif. Les agriculteurs partisans d’une agriculture familiale, de petite taille, estiment entretenir les espaces préservant la biodiversité. Les espèces animales qui peuplent la France ont besoin "de grands espaces, de tranquillité et de respect", écrit l’agricultrice en polyculture-élevage Anne-Cécile Suzanne dans Le Monde. Ces grands espaces que sont les prairies, forêts, montagne, doivent être entretenus. "Les éleveurs s’en chargent, par le biais du pâturage de leurs animaux, sans pesticide."Les agriculteurs stigmatisés
Si vous voulez une viande de qualité qui pollue peu, mangez Français. Voilà, en bref, le message que 500 agriculteurs de Coordination rurale ont écrit en réaction à l’appel du Lundi Vert. Ils rappellent que l’agriculture française a été reconnue, pour la troisième année consécutive, comme le modèle le plus durable du monde en obtenant la première place du Food Sustainability Index. La Confédération paysanne évoque de son côté des "mensonges" et dénonce un appel qui "ne pointe jamais du doigt la responsabilité des industriels et des distributeurs qui, dans leur course aux prix bas, empêchent la généralisation des pratiques d’élevage les plus vertueuses".
Marina Fabre, @fabre_marina