L’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan est décédé ce 18 août. Il y a seulement quelques mois, il mettait en garde contre la "démission des dirigeants actuels" face aux défis mondiaux. Cet infatigable défenseur de la paix n’a eu de cesse de vouloir les engager dans la bonne "direction", hommes politiques mais aussi dirigeants économiques. C’était notamment le sens du Global Compact qu’il avait initié en 2000.
Face au terrorisme, au réchauffement climatique ou encore à l’immigration, "honnêtement, on est dans le pétrin", lâchait, il y a quelques mois à la presse, l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Quelques mois avant sa mort, samedi, le Prix Nobel de la paix, vedette de la diplomatie mondiale durant ses dix années (1997-2007) à la tête des Nations unies, ne mâchait plus ses mots, ni ses déceptions sur la gestion des grands enjeux mondiaux.
Les anciens dirigeants plus courageux
Ces mots, Kofi Annan les avaient prononcés dans une interview à l’AFP le 12 décembre, à l’issue d’une rencontre avec le président français Emmanuel Macron à l’occasion du sommet sur le climat, le One Planet Summit. Il s’exprimait alors en tant que président du Groupe de sages. Un groupe créé en 2007 par Nelson Mandela pour faire travailler ensemble des personnalités publiques reconnues sur la résolution de problèmes mondiaux semblant insurmontables.
"Par le passé, quand nous traversions cette sorte de crise, nous avions des dirigeants qui avaient le courage et la vision du monde nécessaires pour vouloir agir, pour comprendre qu’il leur fallait travailler avec les autres", avait observé le diplomate, alors marqué par le retrait annoncé des Etats-Unis de l’Accord de Paris de 2015. "Aujourd’hui, les dirigeants vont dans la mauvaise direction (…) Les dirigeants abandonnent", ajoutait Kofi Annan. "Un seule méprise, une seule erreur et nous sommes tous victimes", avertissait-il alors.
Engager les dirigeants du secteur privé
Il y a près de vingt ans, ce sont d’autres dirigeants, ceux du secteur économique et financier que Kofi Annan, avaient voulu emmener dans la "bonne" direction. C’est effet à son initiative qu’a été créé le Global Compact, l’organisation des Nations Unies qui réunit les acteurs du secteur privé autour de la protection des droits de l’Homme et de la planète. Et ce, alors que les entreprises étaient jusque-là tenues à l’écart de l’instance onusienne. Plus tard, il jouera également un rôle important dans le développement d’une finance plus durable, en soutenant notamment l’initiative pour les Principes de l’investissement responsable, les PRI, en 2006.
Dans une chronique publiée dans le journal Forbes, Georg Kell, ancien directeur du Global Compact salue la mémoire de Kofi Annan en tant que "father of the Modern Corporate sustainability movement", soit le père d’une RSE internationale. Il revient notamment sur son discours du 29 janvier 1999, au forum économique de Davos. Un discours prophétique, alertant sur les conséquence d’un "déséquilibre entre le domaine économique, social et politique": "l’économie mondiale sera fragile et vulnérable à la réaction de tous les "ismes" de notre temps: le protectionnisme, le populisme, le nationalisme, le chauvinisme ethnique, le fanatisme et le terrorisme"
Devant le parterre des dirigeants les plus influents du monde, il proposait alors un nouveau pacte entre les leaders de l’économie et les Nations unies, un pacte de partage de valeurs et de principes, "qui donnerait un visage humain au capitalisme".
Un pacte aujourd’hui conclu avec des dizaines de milliers d’entreprises à travers le monde qui adhèrent au Global Compact et qui a initié l’engagement de nombreuses d’entre elles dans des étapes décisives de l’activité onusienne, notamment lors des négociations climatiques qui ont menées à l’Accord de Paris en 2015. Sans que les efforts ne soient, à ce stade, suffisamment à la hauteur des enjeux.
Ludovic Dupin et Béatrice Héraud avec AFP