De la couveuse à l’assiette, les poulets Loué sont alimentés aux éoliennes

Un millier de producteurs Loué sont implantés dans la Sarthe. - Concepcion Alvarez
Un millier de producteurs Loué sont implantés dans la Sarthe. – Concepcion Alvarez

Panneaux solaires sur les étables et éoliennes dans les champs voisins, les producteurs Loué ont misé sur les énergies renouvelables pour devenir la première filière à énergie positive en France. Implantée dans la Sarthe depuis maintenant bientôt soixante ans, la coopérative montre la voie de la transition écologique avec la mise en place d’un projet éolien qui a su rassembler citoyens, collectivités et acteurs privés.

"Il a fallu six ans pour aller au bout du projet, et six mois pour les travaux", résume Jean-Édouard Lemasson, le maire de Juillé, une petite commune de 500 habitants située dans la Sarthe. "Et encore nous n’avons pas eu de recours, c’est un dossier qui s’est plutôt bien passé".
L’histoire débute en 2006. L’édile est alors approché par un bureau d’études pour l’implantation d’éoliennes sur son territoire. Il décide de s’associer avec la commune voisine de Piacé, qui ne compte guère plus d’habitants, et le projet est adopté en conseil municipal, à l’unanimité. Les premières réunions publiques se tiennent dans les mois qui suivent, sans accroc.

"Nous sommes maires de petits villages ruraux, notre implication locale a fortement facilité les choses, par rapport par exemple à un promoteur privé", raconte Jean-Édouard Lemasson. "Notre objectif dès le départ était de faire un projet de territoire." 
Une affaire de paysans
C’est donc assez logiquement que la coopérative des Fermiers Loué, emblématique dans la Sarthe, prend le train en marche. Elle emploie 3 500 personnes et plus de 1 000 éleveurs dans le département. L’un d’entre eux, Marcel Levesque, également maire de Vivoin, rejoint lui aussi le projet, avec une éolienne implantée sur sa commune.
"L’énergie renouvelable est une affaire de paysans, estime Yves de la Fouchardière, directeur général des Fermiers de Loué. Nous avons l’habitude de gérer les aléas climatiques, cela fait partie de notre métier. C’était très évident pour nous de nous orienter vers le solaire puis l’éolien." Il y a sept ans, 40 000 mètres carrés de panneaux photovoltaïques viennent recouvrir les toitures des fermes, des poulaillers et des étables. Mais, cela étant insuffisant aux yeux de la coopérative, Loué décide alors d’investir dans un parc d’éoliennes.
L’objectif : compenser la consommation d’électricité, de la couveuse jusqu’à l’assiette, en prenant en compte l’élevage, l’abattage, la distribution, et même la consommation puisque l’électricité nécessaire pour conserver son poulet au frigo ou pour le cuire est également comptabilisée.
Financement participatif
Un troisième acteur est associé au projet, les citoyens, à travers un système de financement participatif local. Un impératif pour les maires des trois communes et pour la coopérative Loué afin de faire adhérer les riverains. "À l’époque, nous étions dans un flou juridique car les plateformes de crowdfunding n’existaient pas encore", précise Laurent Albuisson, directeur régional du groupe Quadran, l’exploitant d’éoliennes.
La solution vient de l’agence régionale du Crédit agricole qui propose un dépôt à terme rémunéré à 3,95 % sur cinq ans. Affiches, réunions publiques, porte-à-porte, la campagne de souscription est un succès et affiche complet avec quinze jours d’avance. "La majorité des souscripteurs, clients ou non de la banque, sont venus pour le projet et non pas pour la rémunération. Ils avaient envie d’apporter de l’utilité sur leur territoire", raconte Jean-Marie Potier, directeur d’agence à Beaumont-sur-Sarthe. Au total, 270 riverains ont permis de collecter 1,2 million d’euros, au-delà des espérances. Les fermiers de Loué, quant à eux, mettent 12 millions d’euros sur la table.

Acceptabilité sociale
Le 1er parc éolien de la Sarthe voit finalement le jour en décembre 2013. Symbole de l’engouement local, un tirage au sort est organisé pendant l’inauguration pour permettre à des riverains de grimper à 95 mètres au-dessus du sol, sur l’un des 6 mâts. "Aujourd’hui, le projet est conforme à nos attentes, avec une puissance de 24 gigawattheures par an. Et il est rentable puisque nous sommes en capacité de rembourser les souscripteurs", affirme Laurent Albuisson.
Ce projet est érigé en exemple par Jean-Louis Bal, le président du syndicat des énergies renouvelables (SER). "Pour augmenter les capacités éoliennes, notre principale problématique est l’acceptabilité sociale, explique-t-il. Des projets de territoire comme celui-ci montrent qu’on peut y arriver grâce à l’implication des maires et au développement du financement participatif."   
Pour les maires qui ont surtout servi de "facilitateurs", l’affaire s’est avérée intéressante puisqu’ils perçoivent d’importantes retombées fiscales. Elles représentent environ la moitié de la taxe d’habitation. Ils ont également accru leur notoriété auprès de leurs concitoyens. "Je n’ai jamais eu d’aussi bons scores qu’aux municipales de 2014", assure Jean-Édouard Lemasson, sourire aux lèvres.      
À Juillé, Concepcion Alvarez @conce1

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